22 octobre 2006
Naissance de Titouan (par Armel)
Titouan est né le 19 Avril 2003. Nous sommes arrivés à pied à l’hôpital. J’y étais déjà venu en voiture une nuit de fausse alerte. 15 minutes de voiture pour 200 mètres de trajet, dont 14 minutes et 30 secondes dans la voiture à l’arrêt devant la porte de notre appartement et derrière la porte du camion du SAMU. Ma chérie était derrière la fenêtre sans tain du susdit camion et elle se forçait à sourire pour ne pas que je m’inquiète mais elle ignorait que je ne pouvais la voir. Pendant que les infirmiers se débattaient avec l’administration hospitalière pour avoir l’autorisation d’emmener la parturiente potentielle à l’hôpital visible du camion plutôt qu’à celui situé de l’autre côté de la ville, notre Didier de service revenait de sa tournée des bars sans même remarquer les deux véhicules ; il fallut que je l’appelle pour qu’en se retournant il tombe nez à nez avec une croix rouge qui achève de le ramener dans le monde réel. Didier fut beaucoup plus inquiet que nous, comme les infirmiers d’ailleurs que je prenais pour des durs à cuir habitués à voir les pires horreurs; si cela continuait, on allait finir nous aussi par nous inquiéter pour ces quelques contractions trop rapprochées. Déjà l’appel au SAMU nous avait laissé perplexes :
- allô le SAMU ?
- oui ?
- ma femme a des contractions un peu rapprochées et bon, ça va, mais on se demandait si …
- combien de temps entre deux contractions ?
- à peu près, je dirais environ, heu … attendez je regarde, on a noté les temps, bah… toutes les dix minutes
- ne bougez pas nous arrivons ! tût, tût, tût …
Finalement, le camion avait eu l’autorisation et nous l’avions suivi sagement dans mon AX rouge pour revenir nous coucher un peu plus tard tous les trois bien détendus.
Cette fois c’était la bonne. 3 Jours de retard sur le terme prévu, ils allaient déclencher. C’est ce qu’ils nous avaient dit 3 jours plus tôt où nous avions rendez-vous en pensant naïvement que c’était LE grand jour ; mais le monitoring n’avait pas décelé plus de contractions dans cet utérus là que dans une motte de beurre et on nous avait invité à revenir plus tard, histoire de respecter les conventions de Genève enjoignant les gynécologues à donner un ultimatum de 3 jours au fœtus pour le laisser sortir de lui-même avant de le bouter hors de son repaire de fainéant. Le soleil venait de se lever lorsque nous sommes partis de chez nous et la journée promettait d’être longue, c’est tout ce que l’on savait d’ailleurs. Devant, ma femme marchait à petits pas et j’imaginais qu’elle devait forcément être angoissée, une angoisse ancestrale qui datait du premier accouchement de l’humanité, et je me demandais si toutes les femmes qui s’apprêtaient à donner la vie pensaient que c’était peut-être leur dernier jour. Nous n’avons pas dit grand chose sur le trajet, nous respirions à pleins poumons cet air frais du 19 avril 2003, nous savions que ce jour bouleversait tout notre futur, qu’il allait nous faire quitter notre statut de non-parents. Nous nous souriions pour nous donner du courage.
7h30 : accueil, monitoring et enfin l’entretien avec le médecin et la sage-femme : nous savions que notre enfant était trop gros : il pouvait approcher les 5 kilos et son crâne ne passerait sans doute pas le col utérin. « Macrosomie » avait diagnostiqué la gynécologue, et, pour mon malheur, je possède un dictionnaire de terminologie médicale, qui m’avait précisé qu’il s’agissait d’une variété de gigantisme caractérisé par une grosseur excessive de tout le corps et dont l’une des formes était exceptionnelle (sous-entendu : personne ne s’y intéresse donc aucune thérapie n’est au point pour traiter ce genre de pathologie). J’avais délicatement refermé le dictionnaire sans faire de bruit et avais décidé de garder cette information anxiogène pour moi seul Nous étions donc dans l’attente de savoir s’ils déclencheraient pour laisser une chance à la nature de faire les choses par elle-même ou si la césarienne allait s’imposer comme un choix inévitable et immédiat. Tiphaine, malgré sa raison qui lui avait dit depuis longtemps que ce dernier choix serait sans doute le plus probable, espérait encore que le premier l’emporterait. Même si je trouvais étonnement courageux que ma femme veuille l’expulsion par voie naturelle d’un tel géant, je comprenais aussi qu’elle désire consommer jusqu’à son point le plus extrême sa condition féminine. Combien d’hommes ont dû être impressionnés par le courage du « sexe faible » en ce jour particulier ! Comme dans les bandes dessinées où s’affrontent les deux aspects du libre arbitre d’une personne sous forme d’un petit diable et d’un petit ange, nous avons assisté interloqués à la bataille entre les deux choix personnalisés par le médecin d’un côté, qui pensait que la césarienne s’imposait, et par la sage-femme de l’autre. Finalement, de guerre lasse, le médecin laissa la sage-femme l’emporter, sachant de toute façon que si elle avait tort, on en arriverait à la solution qu’il avait préconisée. Tiphaine était rassurée : même s’il naissait par césarienne, au moins elle aurait essayé.
Commença alors un long et fastidieux travail. Après la mise en place de la péridurale à laquelle je n’ai pas eu le droit d’assister (au grand dam de ma chérie) et à l’injection d’ocytocine, nous avons été installés dans « la salle de travail ». Je me demandais si les médecins qui ont institué cette appellation connaissaient l’étymologie de « travail », qui vient d’un triple instrument de torture (le tripal), ou s’ils avaient échoué à vouloir faire dans le politiquement correct pour ne pas heurter notre sensibilité d’ignorants que nous sommes. Nous avions amené quantité de CD mais finalement, Tiphaine avait préféré ne pas les écouter dans ce cadre là pour ne pas en être dégoûtée par la suite. Nous avons donc passé cette journée plongés dans l’ambiance radio nostalgie. Comme dans un rêve, j’ai vu une infirmière venir raser le sexe de ma femme et comme dans un cauchemar j’ai vu une sage femme revenir toutes les heures pour plonger ses doigts au même endroit et dire d’un ton docte et péremptoire «2 cm !», puis « 3cm ! » et ainsi de suite jusqu’à « 8 cm !», auquel a succédé un autre « 8 cm ! » une heure plus tard et encore un autre. A ce stade là, cela faisait plus d’un tour de cadran que ma chérie « travaillait », sachant que le crâne du fiston avait été évalué à 12 cm de diamètre, nous n’avons pas été étonnés de voir le médecin revenir et dire dans un haussement d’épaules à la sage-femme : « vous voyez, j’avais raison ! ». Le couperet de la décision doctorale était tombé, et c’était sur le ventre de ma femme. Je m’inquiétais de sa réaction mais encore une fois, elle faisait contre mauvaise fortune bon cœur. Elle eut le temps de me sourire avant de rentrer en salle d’opération, du même sourire qu’elle avait eu derrière la fenêtre sans tain ou avant d’arriver à l’hôpital, un sourire que je savais fait pour me rassurer, moi qui n’avais pas un être vivant dans le ventre, moi qui n’avais pas souffert pendant 14 heures, moi dont l’intégrité physique n’allait pas être outragée, moi qui n’avais pas à craindre pour ma vie. Encore une fois, ma femme me donnait une incroyable leçon de courage et d’amour et je lui serrais la main avant de la voir disparaître dans le bloc opératoire pour s’y faire « préparer ». Encore un doux euphémisme pour signifier : plonger la parturiente dans une ambiance de film gorissime où on la met complètement nue, les bras attachés en croix avec un gros spot au dessus de la gueule. Heureusement, si l’on ne me laisse pas assister à cette préparation, on me laisse assister à l’opération et je peux rendre à ma chérie son sourire dans ce cadre infernal.
Quel est mon état d’esprit à ce moment là ? J’avais eu trois fois l’occasion au cours de la journée de décompresser en allant boire un café, manger un sandwich ou boire une bière et jusque là, je pensais le vivre bien. Ma chérie y était pour beaucoup, non seulement par ses sourires rassurants mais aussi par sa patience et ce courage que je ne lui connaissais pas jusqu’alors – elle est plutôt du genre à montrer la plus profonde aversion devant une côte à monter ou à désosser - et que j’allais retrouver les jours et les semaines qui suivraient. Lorsqu’elle a disparu derrière les portes du bloc, un vague malaise a commencé à montrer le bout de son nez mais je l’ai maintenu provisoirement à distance grâce à une séance photo dans le couloir de la vie où je pose, pantin déboussolé, dans une panoplie digne de la série « urgences ». Le reste s’est passé dans et sur un nuage ouateux : on m’a dit de rentrer, j’ai regardé ma chérie qui à l’heure qu’il est ressemble, si l’on excepte sa tenue et sa position, à la vierge des sept passions, son visage semble me dire « ne t’inquiète pas c’est bientôt fini », mais ça ne me rassure pas car si je sais ce qui va commencer, je n’ose pas penser à tout ce qui peut finir, j’essaie de respirer calmement, ne surtout pas montrer que je suis inquiet, je vois –enfin !- les chirurgiens arriver en conversant paisiblement, le chef qui profite de l’occasion pour initier un jeune interne à « l’hystérotomie » (c’est mieux que « l’hara-kiri »), je devine les mains des deux hommes qui derrière le drap fouillent le ventre de ma femme, et, tout à coup, à vingt centimètres de mon nez, mon fils ! Ma première pensée est : il à l’air normal, et ma deuxième : c’est le portrait de mon beau-père. Ma femme le voit, elle ne peut pas le toucher, elle me sourit encore une fois et on m’entraîne déjà à la suite du bébé pour sa toilette. Je revérifie « que tout est là », comprends aux proportions idéales de ce petit bout d’homme que le terme « macrosomie » ne désignait ni plus ni moins qu’un grand (et beau) bébé – à cet instant je chassais d’un grand soupir de soulagement ce nuage menaçant qui planait au dessus de ma tête - puis je me retrouve seul avec lui dans le couloir pendant que ma chérie est détachée et recousue. Je lui parle de la vie, de toutes les beautés qu’on y trouve – surtout les filles, mon fils, surtout les filles, d’ailleurs c’est grâce à l’un de ces êtres incroyables que tu es là …- , que bon, d’accord, parfois elle est dure avec nous pour de multiples raisons dont l’homme lui-même est la principale, mais qu’il y a moyen d’en retirer beaucoup de plaisirs, dont les amis, les voyages, le pain, le vin et le B****** ne sont pas des moindres, qu’en plus son papa et sa maman seront toujours là pour lui donner celui qui console, qui nourrit, qui revivifie, qui régénère et qui transforme, ultime alchimie, la matière en lumière : j’ai nommé : l’amour ! criais-je presque. Enfin on m’annonce que je peux aller voir « la maman » en salle de réveil. Je me retiens de courir et je la découvre, sous sa couverture gonflée à l’air chaud, défaite comme si elle avait dépassé de manière irréversibles les limites de l’épuisement, je lui remontre ce qui sera maintenant pour l’éternité notre fils et je recouche ce dernier, complètement groggy lui aussi ; Je me retrouve là, j’aimerais leur perfuser de mon énergie mais je ne suis bon qu’à prendre des photos floues et à faire le premier film muet de 30 secondes de mes deux chéris. Un moment, assis sur ma chaise, une alarme me sort de mes pensées : un coup d’œil au moniteur et je vois affichée la tension : 6/3. Dans mon cerveau s’imprime en gros caractères : « adrénaline ! vite ! », mais une véloce sage femme est déjà là et injecte immédiatement la dose nécessaire. Je regarde Tiphaine : c’est comme s’il ne s’était rien passé, elle est toujours aussi groggy et elle continue de respirer ; du coup, je m’autorise à faire de même. Une fois le calme revenu de manière stable, on a transféré tout ce petit monde dans la chambre et on m’a demandé à 2 heures du matin de rentrer chez moi.
En sortant de l’hôpital, une vision définitivement imprimée : mon grand frère m’attend, assis sur le capot encore chaud de sa voiture, qui est venu soutenir son petit frère en ce jour si important pour lui! Titouan, je ferai mon possible pour que tu ne soit pas fils unique ! Nous nous embrassons chaleureusement et rentrons fêter ça dignement. Trop tard pour faire la tournée des bars mais arrivés à la maison, je m’emploie à surpasser tant sur le point qualitatif que quantitatif ce qu’on aurait pu m’y proposer. La réaction ne se fait pas attendre bien longtemps, pas celle à laquelle je m’attendais comme un gros coup de barre qui m’aurait allongé par terre avant d’avoir pu atteindre mon lit, ou une violente crise de larmes –celle-ci viendrait mais quelques mois plus tard seulement- ou encore une bruyante manifestation de joie dont le voisinage se serait souvenu pendant au moins une décennie mais quelque chose d’inconnu et d’autant plus terrifiant : une crise d’angoisse : l’incapacité de respirer et la conscience de ce qui va inévitablement arriver si cette incapacité devient totale. Je dois mon salut à la salutation au soleil, enchaînement de positions de yoga pour s’étirer mais qui, je le découvrais, pouvait également amener l’apaisement. Une fois calmé, je considérais la situation et décidais que je ne pouvais pas laisser ma femme et mon fils seuls. Armé de mon sac de couchage, je pénétrais dans l’hôpital et me présentais à la surveillante qui daigna bien accepter de me laisser rentrer « puisque vous êtes là maintenant ». Les larmes aux yeux, je rentrais dans cette chambre dont j’avais pu voir la fenêtre allumée de notre balcon, embrassais mon fils et ma femme et après une conversation de sept secondes et demi, ma chérie m’entendait déjà ronfler.
Les jours suivants, je m’employais à enterrer scrupuleusement ma vie de non-papa. Le planning de la journée était immuable : visite à mes chéris puis bamboula jusqu’à plus d’heure. Tous les soirs il se trouvait quelqu’un pour m’aider à fêter ça et on ne me lâchait pas tant qu’on n’avait pas atteint la limite d’ouverture des bars. Comme je connaissais personnellement un patron de bar, cette limite pouvait être très floue et toujours au dessus de celle fixée par le préfet. C’est presque aussi fatigué que ma chérie que je les accueillais, elle et notre trésor, au domicile conjugal. Entre temps, ma chérie avait ressuscité : en 3 jours, elle était passée de l’état sub-cadavérique à celui d’une femme ayant accouché il y a trois jours. Elle m’étonna encore par sa pugnacité silencieuse face à la douleur provoquée par la station debout et par la marche. Décidément, je découvrais une nouvelle femme.
Ce n’est que quelques mois plus tard qu’est venue la crise de larmes. En regardant mon fils, j’ai eu la vision de cette attraction foraine où l’on voit des petits canards surgir de dessous un tapis roulant et pousser les petits canards devant eux qui tombent alors de l’autre côté du tapis. Je découvrais enfin que je n’étais pas immortel, qu’une nouvelle génération poussait dans mon dos et me rapprochait inexorablement de l’abîme qui allait m’emporter de l’autre côté. La conscience de la mort avait surgi avec la naissance de mon fils. Le choc fut rude mais ce n’était qu’une étape de plus que je franchissais dans ma condition humaine. De même, cette naissance m’éloignait un peu plus de mon état d’enfant (que je revendique encore et j’espère pour toujours) mais me rapprochait de mes parents : certains aspects de leurs vies me paraissaient enfin plus clairs. Je commets maintenant moins d’imprudences qu’avant car ma vie n’a plus d’importance seulement que pour moi. Une dernière prise de conscience troublante : mes gènes venaient de passer dans un autre organisme vivant ; je me suis toujours demandé ce que je répondrai à mes enfants quand ils me demanderont pourquoi on les a mis au monde après l’invention de la contraception (ce qui exclu toute réponse en rapport avec une libido incontrôlable). Plusieurs réponses me sont apparues :
- Une hypocrite : parce que les enfants sont la plus belle chose qui existe.
- Une égoïste : parce que c’était notre bon plaisir.
- Une humaniste (et prétentieuse): parce que je désire apporter ma contribution à l’humanité en élevant des enfants qui auront une morale, qui répandront l’amour autour d’eux plutôt que la haine et qui participeront ainsi à faire de l’homme une espèce meilleure.
- Une religieuse : parce que Dieu nous a ainsi faits.
Toutes ces réponses ne sont pas entièrement fausses (sauf peut-être la dernière et si mes enfants me connaissent bien, je risque de ne pas être crédible bien longtemps) mais je crains que la réponse soit cependant : parce que mes gènes me l’ont ordonné. Ces mêmes gènes qui m’ont mis pendant mes années d’adolescence une bite à la place de la tête (oui, ça va un peu mieux maintenant, merci), pourquoi n’imprégneraient-ils pas assez profondément la chair de cette envie irrépressible d’avoir une descendance ? Et si toutes ces réponses ne suffisent pas à satisfaire la curiosité de mes enfants, je pourrais toujours leur répondre : tais toi et viens donc savourer avec moi ce magnifique fondant au chocolat face à ce splendide soleil couchant.
Armel
14 octobre 2006
Fils à Papa (par Jean-François)
« C’est tout le portrait de son père ! »
Mon Dieu, cette phrase.
Elle fait plaisir, bien entendu. Qui n’est pas, au fond de lui, heureux et même fier de voir sa descendance lui ressembler, cette petite chose que l’on a mis au monde et qui garde sur son visage les mêmes traits ou les mêmes yeux que ses parents ?
Laisser des traces, des écrits, des marques, des souvenirs, espérer laisser en ce bas monde une quelconque preuve de son passage, une brève signature sur le Livre d’Or de l’existence : la plupart des hommes en rêvent, et enfanter des mini-Soi en est un resplendissant exemple.
« C’est tout le portrait de son père ! »
Mon Dieu, cette phrase. Et si c’était effectivement mon portrait tout craché ? Et s’il avait les mêmes défauts, et s’il reproduisait les mêmes bêtises que moi ? Et s’il commettait les mêmes erreurs de parcours ? Et s’il regrettait à jamais de mauvais choix?
« Tel père, tel fils » : l’adage qui inquiète. On n’est logiquement pas parfait, mais on voudrait bien que notre enfant le soit davantage…
Ce bébé est comme moi ? Vraiment ? Ce bonhomme est mal parti dans la vie, alors !
Va-t-il être unique, ou seulement une copie du père ? Saura-t-il se départir des «énormes handicaps» laissés par le paternel, pour devenir un vrai gars, un mec à part, une vraie et belle particularité ?
En attendant, mon petit amour, je te conseille d’avancer prudemment mais surement ; sache seulement que je suis là, à tes côtés, je t’épaule et te tiens pour que tu ne chutes pas.
Qu’on se ressemble ou pas, peu importe finalement. Et que tu fasses des erreurs, les mêmes que les miennes ou pas, je te le souhaite : y’a pas mieux pour comprendre notre monde et s’en sortir.
L’important, c’est de trouver ta place, de bien te l’approprier, et d’en faire un territoire unique et merveilleux.
Et ne sois pas un « fils à papa », juste le fils de Papa. Il t’en remerciera éternellement.
06 octobre 2006
Zoé et Amélie (par Bruno)
Lettre de Zoé P.
Je reçois ce matin une lettre de Mlle Zoé P, qui m'envoie de photos de ses idôles, et me conseille quelques émissions télévisuelles qu'elle ADORE.
Elle voue à ses propres étoiles un culte qu'elle pense être supérieur à la joie que j'éprouve dans la contemplation de la prairie. Elle n'a d'ailleurs pas du tout aimé ce que j'ai dit sur la télévision, et me demande de retirer cet article. Elle fait cependant montre de curiosité sur la prairie, et je décide de lui répondre prochainement.
***********
Amélie
Mais
Amélie est aussi vulnérable psychiquement. Elle n'est pas comme nous.
Elle ne dispose pas d'un sens critique, d'un esprit à même de
raisonner, de juger, de décider. Un jour elle deviendra adulte, et au
terme d'un parcours difficile, elle aura appris la complexité du monde,
la vérité et le mensonge, le juste et l'injuste, le bien et le mal.
Pour l'instant, son esprit est un éponge, elle absorbe, elle se nourrit
de tout ce qu'elle voit, entend, touche...Le monde s'offre à elle, il
est merveilleux, il est enchanté. Et Amélie accède aux émotions aux
sensations, à la compréhension. Elle est un être humain en construction. Je
ne sais pas ce que vous pensez, vous, de la vie, des choses
importantes... Pour ma part, je considère que ce processus par lequelle
Amélie va devenir elle même, est peut être ce qu'il y a de plus beau,
de plus sacré dans l'existence. Malheureusement,
certains ne pensent pas ainsi. Il existe des adultes pour qui les
enfants sont des segments de marché. Pour ces hommes et ces femmes, la
vulnérabilité de l'enfant est une chance, et ils ont décidé d'en tirer
profit. En toute impunité. Et, comme nous le verrons bientôt, avec
notre assentiment.
Amélie
est une enfant. Elle a 4 ans, 7ans ou 12 ans, peu importe. D'Amélie,
comme de beaucoup d'enfants, on peut dire qu'elle est gentille,
rêveuses, curieuse, capricieuse parfois, gourmande, sensible etc. Mais
surtout, d'elle comme de tous les enfants, nous savons une chose: elle
est vulnérable. Et ce pour deux raisons. D'abord, physiquement: elle
n'a pas la force d'un adulte. Pour cette faiblesse, la société, les
adultes, sa famille, la protègent, et quiconque s'avise de faire du mal
à Amélie, de la maltraiter, celui là sera puni par la loi. Bien sûr,
des Amélie souffrent, et c'est une tristesse immense que de l'imaginer.
Mais cette souffrance, ceux qui la causent, sont hors la loi. C'est
parfois insuffisant, mais c'est déjà beaucoup.
28 septembre 2006
Je t’aime à en crever (par Tippie)
Je rentre tout juste du travail, a peine ai-je passe la porte que bibou court dans mes bras et m’accueille avec son habituel cri de joie: “MAMAAAAAAAA!”
Il a beau le faire 4 fois par semaine, jamais je ne m’en lasserai. Il m’a attendu toute la journée, c’était long…
Cet enthousiasme, la joie sur son visage, le soulagement aussi un peu. Mon cœur se serre de bonheur et d’amour. Ce que j’aime ce moment.
-"Viens maman… Assieds-toi la, maman… On joue? Dis, on joue? … On regarde Leo et Popi aussi? … C’est Tim qui met le DVD, t’as vu maman?… Tiens, maman, Tim a fait un café pour toi… On joue avec les voitures, d’accord?”
Docile, je me laisse emporter, il me fait asseoir ici, puis la; on se transforme tour à tour en marchands, en cuisiniers, en garagistes ou en docteurs… Lui aussi il m’a manque. Je le picore de bisous des qu’il passe près de moi, je profite qu’il soit occupe quelques minutes a bricoler une voiture pour lui déposer une caresse sur sa tête toute ronde aux cheveux si fins, si doux, sur son visage d’ange. Je souris en voyant son air concentre alors qu’il bidouille son camion, le transformant en ‘machine Senseo’ pour me faire un café. J’aime son génie, son imagination démesurée.
Ce petit bout la, ce petit être plein de vie, plein d’amour, c’est moi qui l’ai fait… Je n’en reviens toujours pas. Neuf mois je l’ai porte en moi, et je le sens encore la, au creux de mes entrailles. Je ressens une grosse bouffée de chaleur et de fierté, mon cœur explose d’amour en le regardant. Ca me fait mal aux tripes quand je pense, quand je réalise, combien je l’aime.
J’ai maintenant un petit seau violet sur la tête en guise de chapeau et on fait les fous en écoutant la chanson des bisounours, on saute, on crie, on danse, on se marre comme des baleines. On se vautre tous les deux dans le canapé et commence une partie de chatouilles endiablée. Bibou crie de joie, feignant de n’en plus pouvoir, il réclame pourtant “encore les chatouilles maman! Encore! Encore!” Je voudrais le faire rire tout le temps, toujours. Son rire cristallin et innocent me réchauffe, me remplit de bonheur. Ce qu’il est beau!
“Je t’aime mon chéri. Tu es l’amour de ma vie…”
“Moi aussi je t’aime maman. Gros comme ça!” Et il se jette dans mes bras, me serre de toutes ses forces. Ses bras autour de mon cou, je sens ses petits poings derrière ma nuque. Je le bisouille partout “Mon amour"…
Mon petit bibou est fatigue. Nous regardons un dernier épisode de Bob the builder en faisant encore un gros câlin, allonges dans le canapé. Bibou engloutit son biberon de chocolat au lait tout en me regardant avec ses petits yeux rieurs. D’une main il me caresse la joue, il me sourit. Il est heureux. Mon cœur se serre de nouveau… Si fort que je manque d’étouffer.
Je le dépose dans son lit avec Petit ours et Bisous le chat, avec Tichien et Po et Tinky Winky, tous ses copains. Encore un bisou. Encore une caresse. Bibou se retourne sur le ventre, se cale dans son lit, enfoui sous la couverture. Quelques minutes plus tard, mon petit ange est déjà parti au pays des rêves rejoindre ses fées, ses châteaux forts et ses trésors. Il est beau quand il dort. Je le regarde encore un moment, tendrement et je quitte la chambre sans bruits.
“Bonne nuit mon amour. A demain. Je t’aime si fort… A en crever!”
Tippie
22 septembre 2006
Petite sœur (par Marie)
Un mardi. 19h. J'ai rendez-vous avec Véro, ma sage-femme. Dans la salle d'attente, je me pose des questions car je suis venue faire le point avec elle, à moins de 15 jours de la date théorique de la naissance du bébé. Je revis le film de ma grossesse grosso modo, et je suis dans un état bizarre. Ces moments d'avant la naissance, où on se dit que le bébé peut arriver à n'importe quel moment, peut-être dans 5 jours ou dans 5 heures...
Les fêtes d'école sont passées, les bilans d'associations sont finis, j'ai nettoyé toute mes vitres quelques jours plus tôt, ma valise est prête, celle du bébé aussi, le brumisateur "anti-stress pour papa" aussi. Il n'y a plus qu'à attendre. Je regarde les jours qui me restent à parcourir avant de découvrir la frimousse de cette petite fille qui est à l'intérieur de moi...
"Les membranes sont presque entièrement décollées et le col est ouvert à deux doigts", me dit Véro. Pour ceux qui ne sauraient pas ce que ces termes barbares veulent dire, eh bien, disons qu'on pourrait traduire par : attention les gars, on y est presque ! Je sens mon coeur qui bat plus fort... Même si je sais que la naissance est imminente et que je n'en suis pas à mon premier coup d'essai, j'ai un peu le trac ! Véro, après l'auscultation, me dit de son accent rieur : "Dans 12 à 24 heures, tu m'appelles de la maternité !" Gloups ! "Déjà ???", je demande, comme si j'étais étonnée...
20h. Je rentre à la maison et je retrouve l'Amoureux. Je lui dis que la naissance est imminente. Il me répond qu'il s'en doute un peu (l'Amoureux ne peut pas s'empêcher de faire des traits d'humour même dans les moments critiques... Quoi ! C'est sérieux, ce que je dis !). Je vérifie encore les valises, je fais le tour des chambres de Chouinette et de Crapouillot pour voir si tout est normal au cas où je parte... Je regarde encore la liste des gens à prévenir et je la laisse en évidence (pour rien, l'Amoureux ne la retrouvera que 15 jours après la naissance...). Je m'arrête régulièrement pour écouter mon ventre. Tout est normal. Rien ne se passe...

23h. Je décide de me coucher, ne sentant rien venir. Dans mon lit, je me tourne et me retourne. L'Amoureux me dit de me calmer, que de toutes façons demain, il n'ira pas travailler très longtemps et qu'il pourra rester ensuite avec moi. Je suis énervée et je pense que je devrais peut-être écrire un testament ou au moins laisser une trace à mes enfants pour leur dire que je les aime, au cas où l'accouchement se passe mal... Je finis par m'endormir.
Mercredi. 4h du matin. Je suis réveillée par une contraction. Puis une autre. Puis plus rien. Je ne peux plus dormir. Je décide alors de prendre un bain bien chaud. Avec de la mousse. Je respire doucement et je m'endors.
5h. Je me réveille et je décide de retrouver mon lit. Il dort profondément, l'Amoureux. Je suis un peu jalouse de son sommeil profond. Je me cale contre lui et le referme les yeux en pensant que c'est peut-être la dernière nuit.
9h30. L'Amoureux est déjà parti depuis presque 2 heures. Crapouillot entre dans la chambre. "Bonjour, Maman !" Sa voix sonne bizarrement. Il se couche à côté de moi et me colle. Oh ! C'est bizarre... Cela ne lui ressemble pas. Effectivement, il est brûlant de fièvre. 39,2° au thermomètre ! Cela promet une bonne journée ! Après un beau câlin et un suppositoire, nous nous levons prendre le petit-déjeuner.
10h. Première vague. Qui en annonce une autre. Puis une autre. Je débarrasse la table. Crapouillot me demande sa tétine et un dessin animé. Je dis oui tout de suite. Le voilà sur le canapé. Une autre contraction. Je rejoins Crapouillot et je regarde un bout du DVD, en essayant de respirer tranquillement.
10h30. Une contraction. J'ai vérifié les valises encore un fois. Une autre. Je ferme les yeux. Je sens que je vais paniquer mais je me souviens des cours de préparation à la naissance de Véro et je me calme. Une autre. Je décide de me tenter le chant de l'abeille. Cela consiste à émettre un son en même temps que la respiration profonde. C'est du yoga. Une autre. Je me prends pour un moine bouddhiste. Et ça me fait rire. Une autre. Là, ça ne me fait plus rire.

11h. J'étends mon linge. Je suis maintenant obligée de m'arrêter régulièrement à cause des contractions. Je suis toujours une abeille. Une abeille qui étend son linge. Je rigole encore toute seule. Pas longtemps. Je cherche une position pour me soulager. Je trouve qu'en me penchant en avant et en balançant le bassin de droite à gauche, c'est mieux. Je décide d'appeler ma copine Nathalie pour lui demander si elle peut s'occuper de Crapouillot. Quand l'Amoureux sera rentré. Ce qui ne devrait pas tarder puisqu'il m'a dit qu'il ne partait pas longtemps...
11h30. Crapouillot est encore brûlant. J'ai des contractions et je voudrais prendre un bain. Crapouillot finit dans le bain à ma place. Il voit que quelque chose ne tourne pas rond. "C'est la Petite Soeur. Je crois qu'elle a envie de naître", je lui dis. "Je vais aller appeler Papa pour qu'il t'emmène chez Nathalie. Tu ne bouges pas d'accord ?". Je suis sûre qu'il a compris la consigne car pour une fois, on notera aucune éclaboussure autour de la baignoire, ce qui, pour mon garçon, est extrêmement rare. Je téléphone au travail de l'Amoureux. "Tu rentres bientôt ? Oui ? Bon, tant mieux parce que Crapouillot a beaucoup de fièvre et moi des contractions... Espacées de combien de minutes ?... Je n'en sais rien mais régulières !". Je suis toujours une abeille et je respire profondément à chaque vague. "Papa arrive tout de suite !". La position trouvée me soulage pas mal.
12h. L'Amoureux n'est toujours pas là. Je sors Crapouillot du bain. Il est toujours aussi brûlant. Je l'emmène avec moi sur le lit. Je suis assise et je me penche sur mes oreillers. J'ai l'impression d'être dans une tempête. D'avant en arrière. Je sens que j'ai les larmes aux yeux et Crapouillot s'écrie :"appelle Papa encore !". Mais qu'est-ce-qu'il fabrique, l'Amoureux ? Il m'avait dit qu'il en aurait pour une heure ou deux... Il est parti depuis longtemps. Je suis dans ma bulle, mon petit bonhomme à côté de moi. Si encore Chouinette était là... mais elle est chez son père ! J'éclate de rire quand j'entends Crapouillot faire l'abeille en même temps que moi. Et éclater de rire au milieu d'une contraction, c'est douloureux ! Je vous déconseille d'essayer !
12h30. De ma plus douce voix, je téléphone à l'Amoureux :"TU RENTRES TOUT DE SUITE !!!". Il raccroche mais j'ai le temps de l'entendre dire à sa collègue :"Je crois que j'ai une urgence !!!". Il rit mais je crois qu'il a compris mon message car 5 minutes plus tard, il se gare en double file devant la maison. "C'est moi", dit-il, "alors, que veux-tu que je fasse ?". Le ton est amusé jusqu'à ce qu'il découvre mon visage qui doit être un peu crispé et mes yeux qui doivent ressembler à des fusils mitrailleurs... Là, il prend Crapouillot et l'emmène. Il est vite de retour. A croire qu'il a lancé mon petit bonhomme à Nathalie ! L'Amoureux doit alors prendre le train en route. Il me dit : "Tu veux prendre un bain ? Pour te détendre ?" Il a quand même changé de tête. Il vient de voir qu'il a peut-être commis une petite boulette en n'arrivant que maintenant ! Moi, de la même voix douce : "JE N'AI PLUS LE TEMPS DE PRENDRE UN BAIN ! UNE DOUCHE ET ON S'EN VA !" C'est vrai, le ton n'est pas très sympa mais il l'a mérité ! Il me dit, en plus, qu'il avait fini son boulot vers 11h mais qu'il n'était pas rentré parce qu'il n'avait pas bien compris l'urgence de la situation ! Oh, l'Amoureux, parfois, tu ferais mieux de te taire. A cet instant, je te maudis !
12h45. Je suis dans la douche mais je dois me tenir au mur pour ne pas tomber. L'Amoureux, pendant ce temps, s'active pour finir de mettre dans la valise tous les objets de dernière minute... "Je croyais que tout était prêt !" Il se fiche de moi ou quoi ??? "Bien sûr, ma brosse à dents, j'allais la ranger 15 jours en avance !!!" La situation est critique. Je suis sortie de la douche. L'Amoureux vient m'aider à m'habiller car je ne peux plus me baisser. L'abeille s'est transformée en bourdon qui râle et se plaint. Je me ressaisis et je m'étire en me suspendant aux marches de l'escalier, en ayant une pensée pour Véro et ses petits conseils. Cela me calme et je retrouve une respiration profonde. Ma petite vengeance personnelle à ce moment-là, c'est de voir l'Amoureux monter et descendre les escaliers comme s'il sortait tout droit d'un film de Benny Hill ! Une brosse à dents par ci, une brosse à cheveux par là. La panique fait qu'il ne trouve rien ! A croire qu'il vit ici que depuis 3 jours ! Je le fais courir partout dans la maison en lui scandant toutes les 3 minutes :" Dépêche-toi, il faut qu'on y aille !".

13h. L'Amoureux m'aide à monter dans la voiture. Les contractions sont maintenant très rapprochées. J'ai l'impression d'avoir des ailes dans le dos tellement je fais l'abeille ! Malgré sa conduite douce, je remarque à quel point la route a des trous et des bosses... Un véritable supplice ! Heureusement, nous ne sommes pas loin de la maternité... Sur le parking, on trouve une place rapidement. On laisse les valises et l'Amoureux m'aide à marcher. J'ai l'impression que je ne vais jamais atteindre l'entrée car je dois m'arrêter tout le temps pour respirer. Nous arrivons dans le hall. Une conduite de chauffage me sert à me suspendre. J'attends que la contraction passe en gémissant. "Monsieur, dit la standardiste ! Allez chercher un fauteuil roulant !". Elle appelle le service et j'attends là.
13h10. L'Amoureux revient en courant avec le fauteuil. Je m'assoie dedans avec son aide et il commence à le rouler... Vous n'allez pas me croire : il a un pneu crevé !!! Heureusement que l'Amoureux est grand et fort ! On passe la porte de la maternité et je dois me suspendre à nouveau. On voit l'interne, une grande et belle jeune femme (très gentille. Je l'ai déjà vue en consultation) venir vers nous :"Qu'est-ce-qu'il vous arrive, ma p'tite dame ?". Incapable de répondre, je sens que l'Amoureux va répondre un truc du style :"Oh, on passait par là, et on s'est dit qu'on allait s'arrêter..." mais il ne répond rien. Ce qui est plus raisonnable puisque l'interne a compris d'elle-même. Il ne manque plus que la sage-femme que j'ai rencontré à la visite du 9ème mois et qui a l'air très stressée et se sera le bouquet, me dis-je. La porte s'ouvre et c'est justement elle qui arrive ! C'est merveilleux ! Mais je n'ai pas le choix. "C'est votre premier ?" ..."Le troisième", dit l'Amoureux à ma place."Et vous avez déjà eu plus de 5 contractions depuis que vous avez passé le hall ??? (Je dois répondre là ? M'excuser, peut-être ???) Alors là, c'est la cata !" dit-elle en guise de message de bienvenue !
13h20. Toujours dans mon fauteuil roulant, alternant suspensions aux tuyaux de chauffage, respiration profonde et cri de l'abeille maintenant franchement en détresse, c'est une véritable valse qui commence sous nos yeux ! Les deux salles d'accouchement sont déjà occupées. On doit déplacer une mère qui attend dans une salle de travail pour me mettre à sa place.
13h30. La salle de travail est enfin libre. Je me déshabille. Ou plutôt l'Amoureux me déshabille mais ça n'a rien d'intime. Nous sommes entourées de blouses roses et blanches qui courent dans tous les sens. On me fait allonger sur la table gynécologique et la même sage-femme que tout à l'heure me dit :"Bon, bah, vous allez accoucher ici !", la mine déconfite. L'interne essaie de mettre les étriers. Elle force mais n'y parvient pas. L'Amoureux lui dit :"dans l'autre sens, je crois que ça irait mieux"... Pendant ce temps, une aide-soignante prépare le matériel nécessaire car la salle n'est pas prévue pour les accouchements normalement. On ne trouve pas de compresses stériles. Moi, je m'en contre-fiche pas mal... J'entends :"Elle est dilatée à 8 ! (c'est-à-dire à beaucoup, pour ceux qui ne s'y connaissent pas)". "Et elle va pouvoir avoir la péridurale ?" risque l'Amoureux... "Non, pas de péridurale. C'est trop tard". Je vois l'Amoureux tout penaud, à cet instant-là. Il s'en veut et se dit que s'il était rentré plus tôt... Il se retrouve éjecté vers la fenêtre et en deux temps trois mouvements, on me fait une échographie ("Je ne vois pas la tête", dit l'interne... Pourtant, la dernière fois, elle en avait bien une, tête !). Puis on me pose une perfusion. Et on m'accroche le monitoring pour écouter le coeur du bébé (chouette, il n'avait pas de tête mais son coeur bat, c'est déjà ça !). On prend ma tension. Bref ! Alors que la naissance est imminente, je me retrouve saucissonnée sur la table avec les pieds dans les étriers (posés dans le bon sens mais de travers)... On me dit de pousser mais je n'en ai pas envie. L'Amoureux, qui a fini par pouvoir revenir près de moi me dit de faire comme je le sens. Il reste à peu près calme, malgré l'agitation générale et sa privation de brumisateur (oublié dans la voiture)...
13h45. J'ai envie de pousser. Je les vois en face de moi, ces blouses roses et blanches. Une qui souffle. L'autre qui se bat encore avec son échographie. L'aide-soignante, à ma gauche, me tapote la joue. J'y vais. Je pousse comme Véro me l'a appris pendant les cours de préparation. J'ai l'impression que tout le bas de mon corps se consume tellement j'ai une sensation de brûlure. Je sens ma fille qui est là, prête à sortir. Je pousse une nouvelle fois mais je panique et je crie. La sage-femme me dit "Alors là, Madame, si vous criez comme ça, vous allez dépenser toute votre énergie pour rien !" Sans blague ! Je sers la main de l'Amoureux très fort et je repense à mon abeille qui depuis quelques minutes sommeillait un peu, il est vrai... Je pousse longtemps, longtemps... "On voit sa tête !", me dit l'Amoureux, pour m'encourager ! Je pousse encore, ça dure une éternité. Sa tête est passée. Ses bras aussi. La sensation de brûlure fait place à une chaleur humide. Puis à un grand soulagement.
13h54. La Petite Soeur est sur moi. Enfin, je respire. Je pose mes mains sur elle. Elle est toute petite. Je suis au bord des larmes et je n'ose pas regarder l'Amoureux. Il m'embrasse le front et se dirige vers la fenêtre pendant qu'on coupe le cordon du bébé. Accrochée à ma fille, j'observe mon homme et je sais qu'il verse sa petite larme. Peut-être pas vous mais moi, ça me fait je-ne-sais-quoi...
La salle se vide. Le calme revient. La Petite Soeur ouvre les yeux. L'Amoureux est au-dessus de nous. Rencontre indélébile. Le temps s'arrête. La vie commence...
25 juillet 2006
Tatilianisation (par le bouchon de la grande Loulou)
Le bouchon, en parlant de sa tante, qui vit en Italie depuis quatre ans
:
tatie, elle se tatilianise
vu que "s'italianiser" n'existe
pas dans la langue française, le bouchon a jugé utile de créer ce
verbe.
La tante en question a adopté le mode de vie et vestimentaire
italien, avec notamment trois téléphones portables et les lunettes de soleil sur
la tête y compris lorsqu'il fait nuit...
La grande Loulou
23 juillet 2006
Mon accouchement (par Adèle)
Donc samedi dernier, je me réveille de super
mauvaise humeur! lol
Yannick me laisser émerger tranquillement, ce que je
fais à 9h00. J'ai des contractions anarchiques, mais pas anodines.
Bref,
on décide de voir ce que ça donne. Je téléphone à la mater, et ils me disent de
prendre un suppo de salbumol si j'en ai un, ce que je fais.
Mais les
contractions sont toujours là... toujours anarchiques.
L'après-midi, on va à
l'anniversaire de petits copains d'Emma dans un village voisin. Je prends toutes
mes affaires quand même, on ne sait jamais.
Dans l'après-midi, les
contractions s'intensifient: j'ai très mal, et si je suis en train de marcher,
il faut que je m'arrête.
On décide donc de mettre les voiles à 18h00 et de
rentrer à la maison.
Les contractions continuent. Elles augmentent toujours
en intensité. On mange mais avant le fromage, je dis à Yannick: "cette fois, on
y va!".
Donc on fait un bisou à Emma, et hop, on saute dans la voiture.
Je gère très bien mes contractions. Je respire bien. Ca va, mais ça fait de
plus en plus mal.
On arrive à la maternité. Yannick me monte en salle de
naissance dans un fauteuil roulant, ce qui me fait bien marrer entre deux
contractions.
Nous sommes accueillis par une élève sage-femme que nous
avons croisée lorsque nous avons parlé à la sage-femme acupuncteur, à 21h00.
Elle nous reconnait et le courant passe tout de suite.
Elle m'ausculte:
je suis dilatée à 4 mais mon col est encore long.
Elle me met sous monito
pendant une heure et me dit qu'elle m'auscultera de nouveau une heure plus tard.
Elle revient toutes les dix minutes, pour voir si tout va bien. Cette fois, mes
contractions sont très proches: toutes les 2/3 minutes et la douleur est assez
intense. Mais je gère toujours grâce à la respiration. Je suis très zen.
La
sage-femme regarde donc une heure plus tard: je suis dilatée à 6 et mon col est
plus court. Je lui demande une péri. Elle me dit qu'elle appelle l'anesthésiste
et je lui demande aussi si la sage-femme acupuncteur est de garde. Elle va se
renseigner. On lui demande aussi les résultats du foot! lol
Elle
revient et nous dit que nous allons passer en salle de naissance. Nous voilà
partis. La sage-femme acupuncteur est là, mais malheureusement, il n'y pas pas
d'aiguilles dispos... donc péri.
L'anesthésiste arrive à 22h10... elle
ressort de la salle une heure plus tard et appelle sa supérieure: elle ne peut
pas me piquer. Pendant ce temps, j'attends la piqure salvatrice dans une
position très inconfortable même sans contractions (qui maintenant arrivent
toutes les 90 secondes).
On me pose finalement ma péri: elle ne marche que
d'un côté... c'est bizarre: ça soulage et en même temps c'est douloureux... un
peu comme une migraine du corps...
Bref, on me rééxamine: je suis
maintenant à 9.5. On commence à tout préparer pour l'expulsion. Elles sont
trois: l'élève sage-femme, la sage-femme qui la supervise et la sage-femme
acupuncteur, qui décide de rester avec nous.
A 1h30 du matin, je suis
prête à pousser. On commence. Mes poussées sont efficaces. Juste une minuscule
déchirure superficielle, mais rien de grave. Et Nils est posé sur mon ventre à
1h55. Il pousse un minuscule cri. Il est beau... il est bleu. Et enfin, il est
là!!! :-)
20 juillet 2006
Les passeurs de vie (par Didier)
L'enfant désire la stabilité. Il a
également besoin d'une espérance. L'un des rôles des parents est de transmettre
cette espérance : lui donner un horizon, des buts, un espoir, une vision ouverte
de l'avenir. Certains enfants meurent d'une vision désespérante de la vie...
L'enfant a besoin de parents qui croient en quelque chose ou en quelqu'un. Les
parents donnent la vie. L'enfant a besoin en profondeur de sentir chez ses
parents cet amour, cette foi, cette espérance en la vie. Que les parents ne
soient ni des idoles, ni des obstacles, mais des relais, des passeurs de témoin.
Des passeurs de vie ! Cela suppose que les parents aient eux-mêmes conscience de
recevoir la vie de plus loin, de plus haut et de plus grand qu'eux-mêmes. Enfin,
l'enfant a besoin de parents heureux, heureux ensemble. Ce qu'un père peut
apporter de plus précieux à son enfant, c'est le bonheur qu'il donne à sa
mère... Xavier Lacroix, professeur de théologie morale.
18 juillet 2006
J'attends Louise (par Pierre)
J'adore les bébés !!!!! Réellements adorables.
Bon,OK, quand ils sortent du
ventre de leur môman, ils sont tout rouges et tout fripés, ça gueule tout
le temps ... Mais c'est un bonheur ... J'ai 15 ans, je suis 2 fois grand
frère, bientôt trois fois cousin, et je l'espère papa, un jour peut être
(mais ca se fait à DEUX, un bébé ...). J'ai même effectué un stage
dans une maternelle, une fois ! 1 semaine carrément géniale, que des gens
sympas, et des marmots adorables, dont une qui me faisait tout le temps
des bisous ... Moi, plus tard, j' veux une fille. Qui serait comme ma
petite soeur, le plus grand bonheur de ma vie (je le dis souvent, haut et
fort !). J'ai même déja un nom : Louise ... J'y pense très souvent ...
Et je l'attends, Louise ...
Pierre
05 juillet 2006
ce qu'en dit Platon (par Didier)
Le père s'habitue à devoir traiter son fils d'égal à égal et à
craindre ses enfants, le fils s'égale à son père, n'a plus honte de rien et ne
craint plus ses parents, parce qu'il veut être libre ; le professeur
craint ses élèves et les flatte, les élèves n'ont cure de leurs professeurs, pas
plus que de tous ceux qui s'occupent d'eux ; et, pour tout dire, les jeunes
imitent les anciens et s'opposent violemment à eux en paroles et en actes,
tandis que les anciens, s'abaissant au niveau des jeunes, se gavent de
bouffoneries et de plaisanteries, imitant les jeunes pour ne pas paraître
désagréables et despotiques. Le résultat de tous ces abus
accumulés, c'est qu'ils rendent l'âme des citoyens si délicate qu'à l'approche
de la moindre apparence de servitude, ils s'irritent et ne peuvent le supporter.
Au bout du compte, ils n'ont plus cure des lois écrites ou non écrites.
Tel est le beau et vigoureux commencement duquel naît la
tyrannie.
Platon (né probablement en 427 avant J. C. et mort aux alentours de 347 avant J. C.). Texte écrit il y a (environ) 2400 ans.

