22 septembre 2006
Petite sœur (par Marie)
Un mardi. 19h. J'ai rendez-vous avec Véro, ma sage-femme. Dans la salle d'attente, je me pose des questions car je suis venue faire le point avec elle, à moins de 15 jours de la date théorique de la naissance du bébé. Je revis le film de ma grossesse grosso modo, et je suis dans un état bizarre. Ces moments d'avant la naissance, où on se dit que le bébé peut arriver à n'importe quel moment, peut-être dans 5 jours ou dans 5 heures...
Les fêtes d'école sont passées, les bilans d'associations sont finis, j'ai nettoyé toute mes vitres quelques jours plus tôt, ma valise est prête, celle du bébé aussi, le brumisateur "anti-stress pour papa" aussi. Il n'y a plus qu'à attendre. Je regarde les jours qui me restent à parcourir avant de découvrir la frimousse de cette petite fille qui est à l'intérieur de moi...
"Les membranes sont presque entièrement décollées et le col est ouvert à deux doigts", me dit Véro. Pour ceux qui ne sauraient pas ce que ces termes barbares veulent dire, eh bien, disons qu'on pourrait traduire par : attention les gars, on y est presque ! Je sens mon coeur qui bat plus fort... Même si je sais que la naissance est imminente et que je n'en suis pas à mon premier coup d'essai, j'ai un peu le trac ! Véro, après l'auscultation, me dit de son accent rieur : "Dans 12 à 24 heures, tu m'appelles de la maternité !" Gloups ! "Déjà ???", je demande, comme si j'étais étonnée...
20h. Je rentre à la maison et je retrouve l'Amoureux. Je lui dis que la naissance est imminente. Il me répond qu'il s'en doute un peu (l'Amoureux ne peut pas s'empêcher de faire des traits d'humour même dans les moments critiques... Quoi ! C'est sérieux, ce que je dis !). Je vérifie encore les valises, je fais le tour des chambres de Chouinette et de Crapouillot pour voir si tout est normal au cas où je parte... Je regarde encore la liste des gens à prévenir et je la laisse en évidence (pour rien, l'Amoureux ne la retrouvera que 15 jours après la naissance...). Je m'arrête régulièrement pour écouter mon ventre. Tout est normal. Rien ne se passe...

23h. Je décide de me coucher, ne sentant rien venir. Dans mon lit, je me tourne et me retourne. L'Amoureux me dit de me calmer, que de toutes façons demain, il n'ira pas travailler très longtemps et qu'il pourra rester ensuite avec moi. Je suis énervée et je pense que je devrais peut-être écrire un testament ou au moins laisser une trace à mes enfants pour leur dire que je les aime, au cas où l'accouchement se passe mal... Je finis par m'endormir.
Mercredi. 4h du matin. Je suis réveillée par une contraction. Puis une autre. Puis plus rien. Je ne peux plus dormir. Je décide alors de prendre un bain bien chaud. Avec de la mousse. Je respire doucement et je m'endors.
5h. Je me réveille et je décide de retrouver mon lit. Il dort profondément, l'Amoureux. Je suis un peu jalouse de son sommeil profond. Je me cale contre lui et le referme les yeux en pensant que c'est peut-être la dernière nuit.
9h30. L'Amoureux est déjà parti depuis presque 2 heures. Crapouillot entre dans la chambre. "Bonjour, Maman !" Sa voix sonne bizarrement. Il se couche à côté de moi et me colle. Oh ! C'est bizarre... Cela ne lui ressemble pas. Effectivement, il est brûlant de fièvre. 39,2° au thermomètre ! Cela promet une bonne journée ! Après un beau câlin et un suppositoire, nous nous levons prendre le petit-déjeuner.
10h. Première vague. Qui en annonce une autre. Puis une autre. Je débarrasse la table. Crapouillot me demande sa tétine et un dessin animé. Je dis oui tout de suite. Le voilà sur le canapé. Une autre contraction. Je rejoins Crapouillot et je regarde un bout du DVD, en essayant de respirer tranquillement.
10h30. Une contraction. J'ai vérifié les valises encore un fois. Une autre. Je ferme les yeux. Je sens que je vais paniquer mais je me souviens des cours de préparation à la naissance de Véro et je me calme. Une autre. Je décide de me tenter le chant de l'abeille. Cela consiste à émettre un son en même temps que la respiration profonde. C'est du yoga. Une autre. Je me prends pour un moine bouddhiste. Et ça me fait rire. Une autre. Là, ça ne me fait plus rire.

11h. J'étends mon linge. Je suis maintenant obligée de m'arrêter régulièrement à cause des contractions. Je suis toujours une abeille. Une abeille qui étend son linge. Je rigole encore toute seule. Pas longtemps. Je cherche une position pour me soulager. Je trouve qu'en me penchant en avant et en balançant le bassin de droite à gauche, c'est mieux. Je décide d'appeler ma copine Nathalie pour lui demander si elle peut s'occuper de Crapouillot. Quand l'Amoureux sera rentré. Ce qui ne devrait pas tarder puisqu'il m'a dit qu'il ne partait pas longtemps...
11h30. Crapouillot est encore brûlant. J'ai des contractions et je voudrais prendre un bain. Crapouillot finit dans le bain à ma place. Il voit que quelque chose ne tourne pas rond. "C'est la Petite Soeur. Je crois qu'elle a envie de naître", je lui dis. "Je vais aller appeler Papa pour qu'il t'emmène chez Nathalie. Tu ne bouges pas d'accord ?". Je suis sûre qu'il a compris la consigne car pour une fois, on notera aucune éclaboussure autour de la baignoire, ce qui, pour mon garçon, est extrêmement rare. Je téléphone au travail de l'Amoureux. "Tu rentres bientôt ? Oui ? Bon, tant mieux parce que Crapouillot a beaucoup de fièvre et moi des contractions... Espacées de combien de minutes ?... Je n'en sais rien mais régulières !". Je suis toujours une abeille et je respire profondément à chaque vague. "Papa arrive tout de suite !". La position trouvée me soulage pas mal.
12h. L'Amoureux n'est toujours pas là. Je sors Crapouillot du bain. Il est toujours aussi brûlant. Je l'emmène avec moi sur le lit. Je suis assise et je me penche sur mes oreillers. J'ai l'impression d'être dans une tempête. D'avant en arrière. Je sens que j'ai les larmes aux yeux et Crapouillot s'écrie :"appelle Papa encore !". Mais qu'est-ce-qu'il fabrique, l'Amoureux ? Il m'avait dit qu'il en aurait pour une heure ou deux... Il est parti depuis longtemps. Je suis dans ma bulle, mon petit bonhomme à côté de moi. Si encore Chouinette était là... mais elle est chez son père ! J'éclate de rire quand j'entends Crapouillot faire l'abeille en même temps que moi. Et éclater de rire au milieu d'une contraction, c'est douloureux ! Je vous déconseille d'essayer !
12h30. De ma plus douce voix, je téléphone à l'Amoureux :"TU RENTRES TOUT DE SUITE !!!". Il raccroche mais j'ai le temps de l'entendre dire à sa collègue :"Je crois que j'ai une urgence !!!". Il rit mais je crois qu'il a compris mon message car 5 minutes plus tard, il se gare en double file devant la maison. "C'est moi", dit-il, "alors, que veux-tu que je fasse ?". Le ton est amusé jusqu'à ce qu'il découvre mon visage qui doit être un peu crispé et mes yeux qui doivent ressembler à des fusils mitrailleurs... Là, il prend Crapouillot et l'emmène. Il est vite de retour. A croire qu'il a lancé mon petit bonhomme à Nathalie ! L'Amoureux doit alors prendre le train en route. Il me dit : "Tu veux prendre un bain ? Pour te détendre ?" Il a quand même changé de tête. Il vient de voir qu'il a peut-être commis une petite boulette en n'arrivant que maintenant ! Moi, de la même voix douce : "JE N'AI PLUS LE TEMPS DE PRENDRE UN BAIN ! UNE DOUCHE ET ON S'EN VA !" C'est vrai, le ton n'est pas très sympa mais il l'a mérité ! Il me dit, en plus, qu'il avait fini son boulot vers 11h mais qu'il n'était pas rentré parce qu'il n'avait pas bien compris l'urgence de la situation ! Oh, l'Amoureux, parfois, tu ferais mieux de te taire. A cet instant, je te maudis !
12h45. Je suis dans la douche mais je dois me tenir au mur pour ne pas tomber. L'Amoureux, pendant ce temps, s'active pour finir de mettre dans la valise tous les objets de dernière minute... "Je croyais que tout était prêt !" Il se fiche de moi ou quoi ??? "Bien sûr, ma brosse à dents, j'allais la ranger 15 jours en avance !!!" La situation est critique. Je suis sortie de la douche. L'Amoureux vient m'aider à m'habiller car je ne peux plus me baisser. L'abeille s'est transformée en bourdon qui râle et se plaint. Je me ressaisis et je m'étire en me suspendant aux marches de l'escalier, en ayant une pensée pour Véro et ses petits conseils. Cela me calme et je retrouve une respiration profonde. Ma petite vengeance personnelle à ce moment-là, c'est de voir l'Amoureux monter et descendre les escaliers comme s'il sortait tout droit d'un film de Benny Hill ! Une brosse à dents par ci, une brosse à cheveux par là. La panique fait qu'il ne trouve rien ! A croire qu'il vit ici que depuis 3 jours ! Je le fais courir partout dans la maison en lui scandant toutes les 3 minutes :" Dépêche-toi, il faut qu'on y aille !".

13h. L'Amoureux m'aide à monter dans la voiture. Les contractions sont maintenant très rapprochées. J'ai l'impression d'avoir des ailes dans le dos tellement je fais l'abeille ! Malgré sa conduite douce, je remarque à quel point la route a des trous et des bosses... Un véritable supplice ! Heureusement, nous ne sommes pas loin de la maternité... Sur le parking, on trouve une place rapidement. On laisse les valises et l'Amoureux m'aide à marcher. J'ai l'impression que je ne vais jamais atteindre l'entrée car je dois m'arrêter tout le temps pour respirer. Nous arrivons dans le hall. Une conduite de chauffage me sert à me suspendre. J'attends que la contraction passe en gémissant. "Monsieur, dit la standardiste ! Allez chercher un fauteuil roulant !". Elle appelle le service et j'attends là.
13h10. L'Amoureux revient en courant avec le fauteuil. Je m'assoie dedans avec son aide et il commence à le rouler... Vous n'allez pas me croire : il a un pneu crevé !!! Heureusement que l'Amoureux est grand et fort ! On passe la porte de la maternité et je dois me suspendre à nouveau. On voit l'interne, une grande et belle jeune femme (très gentille. Je l'ai déjà vue en consultation) venir vers nous :"Qu'est-ce-qu'il vous arrive, ma p'tite dame ?". Incapable de répondre, je sens que l'Amoureux va répondre un truc du style :"Oh, on passait par là, et on s'est dit qu'on allait s'arrêter..." mais il ne répond rien. Ce qui est plus raisonnable puisque l'interne a compris d'elle-même. Il ne manque plus que la sage-femme que j'ai rencontré à la visite du 9ème mois et qui a l'air très stressée et se sera le bouquet, me dis-je. La porte s'ouvre et c'est justement elle qui arrive ! C'est merveilleux ! Mais je n'ai pas le choix. "C'est votre premier ?" ..."Le troisième", dit l'Amoureux à ma place."Et vous avez déjà eu plus de 5 contractions depuis que vous avez passé le hall ??? (Je dois répondre là ? M'excuser, peut-être ???) Alors là, c'est la cata !" dit-elle en guise de message de bienvenue !
13h20. Toujours dans mon fauteuil roulant, alternant suspensions aux tuyaux de chauffage, respiration profonde et cri de l'abeille maintenant franchement en détresse, c'est une véritable valse qui commence sous nos yeux ! Les deux salles d'accouchement sont déjà occupées. On doit déplacer une mère qui attend dans une salle de travail pour me mettre à sa place.
13h30. La salle de travail est enfin libre. Je me déshabille. Ou plutôt l'Amoureux me déshabille mais ça n'a rien d'intime. Nous sommes entourées de blouses roses et blanches qui courent dans tous les sens. On me fait allonger sur la table gynécologique et la même sage-femme que tout à l'heure me dit :"Bon, bah, vous allez accoucher ici !", la mine déconfite. L'interne essaie de mettre les étriers. Elle force mais n'y parvient pas. L'Amoureux lui dit :"dans l'autre sens, je crois que ça irait mieux"... Pendant ce temps, une aide-soignante prépare le matériel nécessaire car la salle n'est pas prévue pour les accouchements normalement. On ne trouve pas de compresses stériles. Moi, je m'en contre-fiche pas mal... J'entends :"Elle est dilatée à 8 ! (c'est-à-dire à beaucoup, pour ceux qui ne s'y connaissent pas)". "Et elle va pouvoir avoir la péridurale ?" risque l'Amoureux... "Non, pas de péridurale. C'est trop tard". Je vois l'Amoureux tout penaud, à cet instant-là. Il s'en veut et se dit que s'il était rentré plus tôt... Il se retrouve éjecté vers la fenêtre et en deux temps trois mouvements, on me fait une échographie ("Je ne vois pas la tête", dit l'interne... Pourtant, la dernière fois, elle en avait bien une, tête !). Puis on me pose une perfusion. Et on m'accroche le monitoring pour écouter le coeur du bébé (chouette, il n'avait pas de tête mais son coeur bat, c'est déjà ça !). On prend ma tension. Bref ! Alors que la naissance est imminente, je me retrouve saucissonnée sur la table avec les pieds dans les étriers (posés dans le bon sens mais de travers)... On me dit de pousser mais je n'en ai pas envie. L'Amoureux, qui a fini par pouvoir revenir près de moi me dit de faire comme je le sens. Il reste à peu près calme, malgré l'agitation générale et sa privation de brumisateur (oublié dans la voiture)...
13h45. J'ai envie de pousser. Je les vois en face de moi, ces blouses roses et blanches. Une qui souffle. L'autre qui se bat encore avec son échographie. L'aide-soignante, à ma gauche, me tapote la joue. J'y vais. Je pousse comme Véro me l'a appris pendant les cours de préparation. J'ai l'impression que tout le bas de mon corps se consume tellement j'ai une sensation de brûlure. Je sens ma fille qui est là, prête à sortir. Je pousse une nouvelle fois mais je panique et je crie. La sage-femme me dit "Alors là, Madame, si vous criez comme ça, vous allez dépenser toute votre énergie pour rien !" Sans blague ! Je sers la main de l'Amoureux très fort et je repense à mon abeille qui depuis quelques minutes sommeillait un peu, il est vrai... Je pousse longtemps, longtemps... "On voit sa tête !", me dit l'Amoureux, pour m'encourager ! Je pousse encore, ça dure une éternité. Sa tête est passée. Ses bras aussi. La sensation de brûlure fait place à une chaleur humide. Puis à un grand soulagement.
13h54. La Petite Soeur est sur moi. Enfin, je respire. Je pose mes mains sur elle. Elle est toute petite. Je suis au bord des larmes et je n'ose pas regarder l'Amoureux. Il m'embrasse le front et se dirige vers la fenêtre pendant qu'on coupe le cordon du bébé. Accrochée à ma fille, j'observe mon homme et je sais qu'il verse sa petite larme. Peut-être pas vous mais moi, ça me fait je-ne-sais-quoi...
La salle se vide. Le calme revient. La Petite Soeur ouvre les yeux. L'Amoureux est au-dessus de nous. Rencontre indélébile. Le temps s'arrête. La vie commence...
23 juillet 2006
Mon accouchement (par Adèle)
Donc samedi dernier, je me réveille de super
mauvaise humeur! lol
Yannick me laisser émerger tranquillement, ce que je
fais à 9h00. J'ai des contractions anarchiques, mais pas anodines.
Bref,
on décide de voir ce que ça donne. Je téléphone à la mater, et ils me disent de
prendre un suppo de salbumol si j'en ai un, ce que je fais.
Mais les
contractions sont toujours là... toujours anarchiques.
L'après-midi, on va à
l'anniversaire de petits copains d'Emma dans un village voisin. Je prends toutes
mes affaires quand même, on ne sait jamais.
Dans l'après-midi, les
contractions s'intensifient: j'ai très mal, et si je suis en train de marcher,
il faut que je m'arrête.
On décide donc de mettre les voiles à 18h00 et de
rentrer à la maison.
Les contractions continuent. Elles augmentent toujours
en intensité. On mange mais avant le fromage, je dis à Yannick: "cette fois, on
y va!".
Donc on fait un bisou à Emma, et hop, on saute dans la voiture.
Je gère très bien mes contractions. Je respire bien. Ca va, mais ça fait de
plus en plus mal.
On arrive à la maternité. Yannick me monte en salle de
naissance dans un fauteuil roulant, ce qui me fait bien marrer entre deux
contractions.
Nous sommes accueillis par une élève sage-femme que nous
avons croisée lorsque nous avons parlé à la sage-femme acupuncteur, à 21h00.
Elle nous reconnait et le courant passe tout de suite.
Elle m'ausculte:
je suis dilatée à 4 mais mon col est encore long.
Elle me met sous monito
pendant une heure et me dit qu'elle m'auscultera de nouveau une heure plus tard.
Elle revient toutes les dix minutes, pour voir si tout va bien. Cette fois, mes
contractions sont très proches: toutes les 2/3 minutes et la douleur est assez
intense. Mais je gère toujours grâce à la respiration. Je suis très zen.
La
sage-femme regarde donc une heure plus tard: je suis dilatée à 6 et mon col est
plus court. Je lui demande une péri. Elle me dit qu'elle appelle l'anesthésiste
et je lui demande aussi si la sage-femme acupuncteur est de garde. Elle va se
renseigner. On lui demande aussi les résultats du foot! lol
Elle
revient et nous dit que nous allons passer en salle de naissance. Nous voilà
partis. La sage-femme acupuncteur est là, mais malheureusement, il n'y pas pas
d'aiguilles dispos... donc péri.
L'anesthésiste arrive à 22h10... elle
ressort de la salle une heure plus tard et appelle sa supérieure: elle ne peut
pas me piquer. Pendant ce temps, j'attends la piqure salvatrice dans une
position très inconfortable même sans contractions (qui maintenant arrivent
toutes les 90 secondes).
On me pose finalement ma péri: elle ne marche que
d'un côté... c'est bizarre: ça soulage et en même temps c'est douloureux... un
peu comme une migraine du corps...
Bref, on me rééxamine: je suis
maintenant à 9.5. On commence à tout préparer pour l'expulsion. Elles sont
trois: l'élève sage-femme, la sage-femme qui la supervise et la sage-femme
acupuncteur, qui décide de rester avec nous.
A 1h30 du matin, je suis
prête à pousser. On commence. Mes poussées sont efficaces. Juste une minuscule
déchirure superficielle, mais rien de grave. Et Nils est posé sur mon ventre à
1h55. Il pousse un minuscule cri. Il est beau... il est bleu. Et enfin, il est
là!!! :-)
18 mai 2006
19 avril 2003 (par Tiphaine)
Pour le mot " accouchement ", le Littré donne les définitions suivantes : " 1. action d’accoucher. 2. action d’aider une femme à accoucher. 3. Difficulté qu’on éprouve à dire une chose, à prendre un parti. ".
De même qu’il n’y a pas de vérité universelle, il n’y a pas un accouchement mais des accouchements. Voici le mien.
19 avril 2003, 7 heures 30. Me voici toute tremblante aux portes de la maternité, mon joli vanity rouge dans une main, mon chéri dans l’autre. On nous fait gentiment patienter, il y a des cas plus urgents.
19 avril 2003, 8 heures 30. Une infirmière m’examine dans une petite salle sans fenêtre. Elle confirme grâce à un monitoring que j’ai autant de contractions qu’une motte de beurre. Il va donc falloir déclencher mon accouchement, comme c’était hautement prévisible depuis 3 jours que le terme est dépassé. Je me dis malgré tout que j’aurais bien attendu, moi, et que je ne vois pas bien ce qui presse… Je laisse le personnel compétent décider pour moi, je me dis qu’ils ont probablement des raisons primordiales. C’est fou ce qu’on peut se laisser infantiliser quand on accouche pour la première fois…
19 avril 2003, 9 heures. Après avoir passé une atroce " chemise de nuit " et enfilé de non moins exquis petits sacs plastiques bleus autour de mes pieds, je suis autorisée à retrouver mon chéri qu’on a également déguisé pour l’occasion. Je traîne derrière moi dans un grincement comique une " perfusion à roulettes " reliée à mon avant bras. L’infirmière me conseille d’aller aux toilettes " tant qu’il en est encore temps… ". Quand je demande pourquoi, elle esquive et me montre la porte de " là où on fait pipi "… Je vous laisse imaginer à quel point l’euphémisme " les commodités " convient peu à cet endroit quand on est équipée de la sorte…
19 avril 2003, 9 heures 15. Nous sommes en " salle de travail ". Là encore, voilà une expression atroce, surtout si on connaît l’étymologie du mot travail qui ne manque évidemment pas de me revenir au moment même où j’en franchis le seuil. Une sage femme injecte une bonne dose d’ocytocine, charmante petite hormone qui est censée déclencher les contractions qui elles-mêmes déclencheront l’expulsion du bébé. Enfin, ça, c’est la théorie…
19 avril 2003, 9 heures 30. Arrivée du bon docteur qui constate l’absence de contractions mais pas de panique, ce n’est que le début. En attendant, et puisque ce bébé s’annonce macrosomique, une petite échographie serait de bon ton selon lui. Il m’explique qu’une césarienne est envisageable et il ne comprend d’ailleurs pas pourquoi on ne l’a pas programmée il y a 15 jours. La sage femme voit rouge mais pour l’instant elle ne dit rien.
19 avril 2003, 10 heures. L’échographie annonce un bébé de 4 kilos au moins. Le bon docteur dit " olala, ça promet ! ". La sage femme décide qu’il est temps qu’elle s’exprime et elle explique au bon docteur qu’il faut tenter un accouchement " naturel " et que " y’en a marre des césariennes à tout va "… Le bon docteur lui lance " Vous allez voir ! Vous allez encore m’appeler en renfort en fin de journée ! Et que se passera-t-il si vous avez une dystocie des épaules ? ". L’infirmière pousse mon lit à roulettes et part en claquant la porte du cabinet du bon docteur… J’ai l’impression d’être un morceau de viande emballé dans une affreuse chemise de nuit et relié à des tas d’appareils qui me plaisent de moins en moins. Le jeu du docteur Maboul me revient soudainement en mémoire…
19 avril 2003, 10 heures. Pose en douceur de la péridurale, les contractions commencent.
19 avril 2003, 11 heures. Je sens toujours les contractions, malgré la péridurale et ce dans tout le côté gauche. La sage femme me conseille de ne pas être douillette, faut bien que j’accouche, faut bien que je souffre…
19 avril 2003, 12 heures. Mon chéri s’éclipse pour boulotter un sandwich. Je reste seule à écouter Radio Nostalgie en regardant le plafond blanc.
19 avril 2003, 14 heures. Quand je demande à la sage-femme s’il y en a encore pour longtemps à son avis elle me répond " à partir de 18 heures, vous aurez le droit de vous plaindre ".
19 avril, 18 heures 30. Je me plains mais ça ne change rien. Je fais " ouaf !ouaf " pour faire rire mon chéri (on a vu dans un film un mari dire à sa femme en train d’accoucher : " fais le chien, ma chérie, fais le chien ") mais il ne rit pas trop, il commence même à s’inquiéter assez sérieusement.
19 avril 2003, 22 heures. Le bon docteur arrive et déclare : " Je vous l’avais bien dit ! ".
19 avril 2003, 22 heures 15. Je suis nue sur une table froide dans le bloc opératoire. Entre mon ventre et moi, un rideau vert. Côté ventre : le bon docteur et ses deux assistants, côté tête : deux anesthésistes et mon chéri. Mes bras sont attachés par des sangles, j’ai l’impression d’être le christ en croix et justement, demain c’est pâques. Le bon docteur me pique le ventre et me demande si j’ai mal. Quand je lui réponds que oui, l’anesthésiste de ce matin grommelle " Aujourd’hui, trois péridurales, trois péridurales ratées… " puis il augmente la dose d’anesthésiant. Une femme anesthésiste est là aussi, elle me tient la main et me sourit avec humanité. Elle demande au bon docteur s’il est vraiment nécessaire que je sois attachée de la sorte, il lui répond brusquement " Et si elle sent quelque chose et qu’elle se met à bouger ou à vouloir partir ? Vous voulez vraiment tenter le coup ? ". Elle me serre la main et je tente de lui sourire mais ça doit ressembler à une grimace vu mon état de fatigue.
19 avril 2003, 22 heures 20. Mon ventre est déchiré, je sens deux mains qui plongent dedans, je sens qu’on m’enlève mon enfant, avec violence.
19 avril 2003, 22 heures 22. Mon fils pleure ! Une infirmière me le porte au niveau du visage. La première chose que je pense : " maintenant, je peux mourir ", la seconde : " qu’est ce qu’il ressemble à mon père ! ". Mon chéri me sourit puis il doit s’en aller avec notre bébé.
19 avril 2003, 22 heures 30. Je ferme les yeux et essaie de ne surtout pas prêter attention à ce que j’entends derrière le rideau vert. Quelques bribes d’un dialogue surréaliste me parviennent hélas.
- Tu vois, tu passes d’abord le fil en faisant un point sur le côté gauche (…) – Comme ça ? – Non, recommence, tu n’as pas assez serré là ! (…) – Et comme ça ? – Mais non regarde, tu vois bien que l’agrafe est mal posée là…
19 avril 2003, 23 heures 50. En salle de réveil, je crois m’endormir pour toujours, ma tension tombe à 6 et des poussières, mon chéri blêmit et une infirmière arrive avec une grosse piquouse d’adrénaline. Je ne me rends compte de rien, je regarde mon fils qui est à côté de moi. Je suis heureuse. Plus rien n’a d’importance désormais… Il y a simplement ce bébé qui me regarde. Cet enfant qui m’accouche, enfin.
