une parent-thèse

Un blog pour partager nos expériences de parents ! Envoyez-moi vos textes !

13 juin 2006

journal de maternité (par Tiphaine)

Préambule en guise d’avertissement : Routard passe ton chemin !

Il y a quelques années, mon chéri et moi adorions prendre un vol au dernier moment. C’est ainsi que pour l’été 2000, alors que nous nous croyions partis pour Cuba nous sommes arrivés en Crète. Pourquoi pas… Un guide du routard acheté en catastrophe à l’aéroport nous a appris que nous ne devrions pas faire escale dans une petite ville de la côte nord de l’île, ville jugée trop banale, trop peu chargée d’histoire, pas assez typique. Bref, le tout était résumé par un " Routard, passe ton chemin ! ". Nous y sommes allés et nous n’avons pas regretté ces quelques jours d’insouciance loin du tourisme de masse.

Ami lecteur, si les bébés te font frémir d’horreur, si les nénettes qui racontent pour la xième fois leur accouchement te désolent, si les ventres qui se déballonnent te font flipper… Passe ton chemin ! Ou pas… On ne sait jamais… La curiosité n’est pas un vilain défaut !

Mercredi 31 mai 2006 : Comme un kangourou au salon de l’agriculture !

Mon dieu ! J’ai oublié le sèche-cheveux ! Armel, il me faut absolument un sèche-cheveux ! Ah ! Je m’en doutais que j’oublierais un élément indispensable… enfer et damnation ! Comment vais-je faire pour accoucher dans des conditions sereines sans sèche-cheveux ? Je suis dans un drôle d’état, comme si ma vie tenait à ce sèche-cheveux… Ceux qui ont déjà essayé d’arrêter de fumer me comprendront probablement… Les drogués en tous genres aussi… Sommes dans la chambre n° 16, un bébé dans le ventre alors qu’autour de nous des cris d’enfants désolidarisés de leurs mères résonnent dans les longs couloirs. Une sage-femme vient m’informer que je dois prendre une douche à la bétadine ce soir ainsi que demain matin. L’eau sur ma peau comme une dernière caresse puis l’odeur écœurante et cette mousse orange dont il me faut me badigeonner tout le corps avec énergie. Pendant ce temps, la France gagne son match contre je ne sais quelle équipe (la Chine me dit mon chéri) mais je n’entends pas de klaxons dehors ni de cris d’allégresse dedans. Ce n’est pas un univers d’hommes…

Dernière nuit avec ma fille en moi. Je me sens comme une intruse dans cette maternité moi qui porte l’enfant en moi, à l’intérieur. Encore un peu coupées du monde. Encore un peu.

Jeudi premier juin 2006 : Utérus closus

Réveil à 6 heures 35 : la porte de la chambre s’ouvre et une infirmière probablement mal réveillée me demande sans autre préalable : " Vous avez pris votre douche ? ". Je lui réponds " Bonjour ! ". Le ton est donné… Elle revient 30 minutes plus tard pour la pose du cathéter. Première pose ratée, je la sens qui s’acharne tout en m’expliquant que je n’ai pas de veine, ça rassure… Deuxième essai réussi malgré " un nœud dans la veine "… Quand je demande à mon chéri de m’expliquer comment cette aberration est possible –pour moi, une veine ne peut pas faire de nœud -, il me répond : " Ne t’inquiète pas de ce qu’elle dit, elle n’y connaît rien ! Tout à l’heure, je lui ai demandé ce que signifiaient les initiales " US " sur le monitoring elle m’a répondu que c’était le cœur alors que ça correspond aux contractions ! ". Je foudroie mon homme du regard, je n’ai pas besoin de stress en plus et l’idée d’avoir à faire à du personnel incompétent est loin de me calmer… Je me sens viande… à poil dans une blouse bleue en papier crépon, des sacs blancs autour des pieds et un autre qui recouvre ma tête… de veau vinaigrette. Le brancardier arrive un peu avant huit heures et, aidé de l’infirmière revêche, ils soulèvent mon corps pour le déposer sur le truc à roulettes. Je regarde mon homme et éclate en sanglots. Et il disparaît petit à petit de mon champ de vision, il reste dans la chambre n°16, il va attendre et pleurer lui aussi je le sais. Une éternité de plafonds défile sous mes yeux, des portes s’ouvrent et se referment, le brancardier me parle mais je ne lui réponds pas. Il me dépose dans un coin du bloc et repart. Je suis seule, immobile. Une tortue prisonnière de sa carapace retournée. J’entends quelques voix, les discussions anodines des infirmières, des anesthésistes, des chirurgiens. Des ombres me frôlent parfois. Ce moment me semble si long, probablement pas plus de dix minutes pourtant… Enfin, un visage souriant s’approche de moi, une sage-femme. Elle me parle doucement, essuie mes larmes. Un homme aussi, l’anesthésiste. Une voix chaleureuse. Je m’accroche à ces voix.

Huit heures quinze, j’entre dans la salle d’opération. On m’assoit. Je fais le dos rond en serrant les mains de la sage femme qui me sourit et continue à me parler doucement. Je lui demande d’avoir la gentillesse de ne pas me dire de me décontracter car il n’y a rien de plus efficace pour me contracter que de me dire de me détendre ! J’enchaîne sur les musiques d’ambiance genre chant des baleines qui ont le chic pour me mettre sur les nerfs. Elle continue de me sourire. J’aime sa douceur et j’aime l’atmosphère chaleureuse et détendue qui se crée peu à peu dans cette salle pourtant si austère et si froide. A peine le temps d’imaginer la longue aiguille qui pénètre dans mon dos que l’anesthésiste m’annonce que c’est fini. On m’allonge sur le dos et un petit ballet s’organise autour de moi. La sage femme me rase, j’en profite pour lui demander si elle ne veut pas me faire les jambes pendant qu’elle y est et elle sourit à nouveau. On m’attache les mains et une infirmière découpe ma blouse en papier crépon pour me l’ôter. Nue sur la table froide. Si vulnérable. Autour de moi, conversations du quotidien sur le temps, les activités prévues ce week-end. Sans précipitation, calmement, je dirais presque banalement. Tout se passe en douceur, dans un silence ouaté malgré le bruit des machines qui contrôlent la vie de leurs divers bips et de leurs nombreux bongs. Le rideau vert est installé et je pense à mon fils dont c’est la couleur préférée.

Mon gynéco arrive enfin, enfile ses gants, j’entends le schtouing du caoutchouc derrière le rideau. Je suis heureuse que ce soit elle qui m’accouche, c’est un des trop rares médecins humains que je connaisse, positive, réconfortante, disponible malgré un emploi du temps de ministre. Elle a su trouver les mots qui apaisent lors de ma traversée du désert et les trois enfants qui n’ont jamais vu le jour. Je pense à ces trois petits êtres, je leur dis adieu. Ma fille peut venir maintenant, je ne suis plus en deuil.

On me demande si un peu de musique me ferait plaisir. La sage-femme répond qu’elle croit avoir compris que ce n’était pas trop mon truc. Je souris et leur dis que je veux bien à condition que ce ne soit pas trop fort et surtout pas relaxant ! Pendant que mon oreille écoute la sage-femme qui parcourt la bande FM à la recherche d’une station, mon ventre sent le travail du scalpel et des écarteurs. Je remercie silencieusement mon médecin d’avoir demandé de la musique car elle m’épargne ainsi des bruits que je ne veux pas entendre.

Huit heures 27 minutes, l’anesthésiste est derrière moi et a posé ses mains sur mes épaules en me disant que ça y est, que je ne peux pas pousser mais que c’est le moment de l’expulsion. Mon ventre tremble tandis que les mains cherchent en moi mon enfant et le mettent au monde. J’entends son cri, faible puis immense comme un feu d’artifice sonore dans la salle blanche. Comme au spectacle. Derrière ce rideau vert se joue la vie ! Je la vois enfin et Dieu qu’elle est belle ! Mais qu’elle est belle ! Je n’ai jamais rien vu d’aussi beau ! La sage-femme l’emmène aussitôt pour lui faire les premiers soins et la recouvrir. L’anesthésiste continue ses paroles réconfortantes. Je ne sais pas ce qu’il me dit, j’entends juste la douce musique de sa voix qui me dit que tout va bien. En même temps, je réalise que Chérie FM passe " Ti amo " et je souris devant la coïncidence.

Quelques minutes plus tard, la sage-femme revient avec un trésor enveloppé dans une couverture blanche et la pose contre ma joue. Je suis toujours attachée et je ne peux pas bouger mais ce simple contact, joue contre joue est si merveilleux. Elle est si douce, si douce, si douce. Je la sens et je crois qu’elle me sent aussi. Nous nous regardons, en silence. Je lui dis que je l’aime. Quelques secondes échappées du temps.

Elles repartent. Je suis un rayon de soleil coincé dans de la glace polaire. J’attends mon heure, je vais renaître je le sais. Des bribes de paroles derrière le rideau, " aiguille n°1 ? ", " Non, du n° 2, le 1 c’est trop fin " et puis le bruit de l’agrafeuse qui fait vraiment un bruit d’agrafeuse ! Je pense aux signes et aux coïncidences et je souris intérieurement en entendant mon médecin me recoudre en fredonnant " à nos actes manqués "…

De 9 heures 30 à 11 heures je suis placée dans une salle toute bleue appelée salle de réveil. Je suis pourtant parfaitement réveillée ! Une infirmière me demande le prénom de ma fille. Je lui réponds que je ne sais pas. Elle semble étonnée et me propose Marilou. Le personnel médical qui arpente la salle semble trouver qu’il n’y a pas de plus beau prénom ! Mon champ de vision est réduit : le plafond, bleu, le côté droit : une grande étagère vitrée contenant des médicaments et dont trois infirmiers font l’inventaire et le côté gauche : une table, un mur, deux portes et un va et vient constant entre ces deux portes. J’ai l’impression d’être dans le dernier salon où l’on cause, ici, le secret médical est une farce ! Un chirurgien passe en chantant " Ah ! si j’étais riche ! " et gronde en passant un monsieur que je ne vois pas mais qui est placé sur un brancard et fait pendre son pied. Quelques minutes plus tard, la même scène se reproduit. Le monsieur tient absolument à laisser pendre son pied hors du brancard mais ça doit faire désordre. De temps en temps l’infirmière Marilou vient me demander si je sens mes pieds ce qui ne manque pas de me faire rire intérieurement. Vers 10 heures, un brancard est placé à côté du mien. Forcément je regarde. C’est blanc-vert, ça dort ? On dirait un mort. Je tourne la tête de l’autre côté en me disant que je ne dois pas moi-même être au mieux physiquement. J’ai très froid. Comme jamais depuis neuf mois, comme jamais depuis trois ans.

11 heures 15 : je remue les doigts de pieds et c’est le signe du départ ! Truc à roulettes en sens inverse et retour à la chambre 16 ! Mon homme est là, tendu. L’infirmier lui dit " tout s’est bien passé, elle va bien " ce à quoi il répond en se détendant sensiblement " merci ! ! j’ai l’essentiel de ce que je voulais savoir ". Ma fille dort. Je grelotte en écoutant mon chéri raconter son attente anxieuse puis sa découverte de la merveille et les paroles de la sage-femme qui s’est étonnée de mon extraordinaire calme et de mon silence quand elle m’a présenté la petite. Ma fille et moi, on se connaissait déjà depuis presque neuf mois, je lui avais déjà tout dit, les mots n’étaient plus nécessaires.

15 heures et mon homme part rencontrer l’officier d’Etat civil. Notre fille aura pour prénom Zélie. Quinze minutes plus tard, il revient la mine dépitée. L’officier n’a pas pu enregistrer la déclaration car nous avons oublié le livret de famille à la maison. Nous avons donc jusqu’à demain vendredi 15 heures pour nous décider. Un délai supplémentaire… Nous regardons notre fille et lui demandons si elle s’appelle Zélie. Elle ne répond pas !

16 heures 30 : première visite de mon fils et de ma mère. Titouan ne se précipite pas sur le gros cadeau vert qu’il aperçoit pourtant dans le berceau de sa sœur. Non. Dans les bras de son papa, il contemple, intimidé, le bébé qui sommeille. J’en ai les larmes aux yeux.

Nuit terrible, agitée, très agitée. La petite pleure sans cesse et ses cris me vrillent les entrailles. Le doute s’installe petit à petit en nous car le son Zélie devient vite Zéééééééééliiiiiiiiiiiiiiiiiieeeeeeee… Je supplie mon homme de me débarrasser de ce truc qui hurle et dont chaque cri déclenche une atroce contraction de mon ventre. A quatre heures du matin, désespérée, je demande à mon chéri de sonner l’infirmière de garde pour qu’elle emmène loin de moi cette enfant dont je ne peux m’occuper. Je sanglote que je suis une mauvaise mère en voyant le berceau transparent qui s’en va et ma petite crapule qui gigote désespérément dedans comme un vivant reproche qu’on agiterait sous mon nez. L’infirmière, en refermant la porte, me dit "mais enfin, madame, vous avez quand même eu une césarienne ! ".

Vendredi 2 juin 2006 : Ah  Si j'utérus !

Avons dormi deux heures…six heures 30, l’infirmière vient prendre la température. Je suis en larmes. Sept heures, le ptitdej est amené puis repris car pour l’instant je n’ai pas le droit de manger… Défilé des sages-femmes, infirmières, aides-soignantes, femmes de ménage, chacune nous donne son avis sur son prénom préféré.

Dix heures. Pascale, une aide soignante, vient me "faire des misères ". Elle va tout d’abord retirer ma sonde urinaire puis me laver. J’apprécie le fait que pas une fois Pascale n’aie l’air d’avoir pitié de moi. Je me sens tellement faible, tellement impuissante. Un bébé moi aussi, entre les mains toutes puissantes d’une femme. Ensuite, Pascale me montre comment faire pour me lever. Il me faudra 25 minutes pour y arriver. Enfin debout, à pas de fourmi comme dans les jeux de mon enfance, je vais jusqu’aux toilettes. Pascale aussi. Elle guide mes pas. Elle ne m’humilie pas. Je me sens humiliée malgré tout. Elle me tend ensuite une chaise et je m’assois devant le lavabo et le miroir. Je détourne le regard en apercevant mon reflet. Pascale sourit. Elle me savonne le dos, brosse mes cheveux. J’ai le souvenir soudain de ma grand-mère à l’hôpital et des mêmes gestes faits par ma mère.

Onze heures. Mon homme est enfin admis dans la chambre. Il a avec lui trois cartes à gratter et me propose un petit jeu. Nous allons attribuer à chacun des jeux un prénom et celui qui gagnera la somme la plus importante sera celui que nous déclarerons tout à l’heure à l’Etat civil. J’accepte. Mon jeu préféré, c’est le black jack, je décide donc qu’il portera les couleurs de Zélie. Armel préfère le solitaire et décide donc qu’il portera les couleurs d’Aziliz. Quant au millionnaire, il portera les couleurs d’Adélie. Nous grattons chacun de notre côté notre acrte préférée. Armel ne gagne rien au solitaire, je gagne deux euros au Black Jack, Zélie est en passe de gagner. Mais le millionnaire nous réserve une surprise puisque nous gagnons quatre euros ! C’est donc Adélie qui l'emporte ! Je regarde la mine déconfite de mon homme et je comprends enfin. Il me dit qu’il va aller se manger un sandwich au café du coin et que ça nous laisse un petit moment pour réfléchir encore un peu.

A quatorze heures, je prends mon portable et envoie le SMS suivant à mon homme "Aziliz fait un gros poutou à son papa ". Quelques secondes plus tard voici ce que je reçois : " Non ? ? ? ", j’enchaîne : " Si ", il réitère : " non ? ? ? ? ? ", je donne le coup de grâce : " Si ! ". Il ne peut que répondre "fichtre ! ". Il est quatorze heures et trois minutes, le sort en est jeté ! Quand mon homme revient, il est sur un petit nuage et m’avoue qu’il a toujours rêvé d’appeler sa fille Aziliz, que pour lui il n’y a pas de plus beau prénom. Je lui dis qu’il aurait dû me le dire avant ! Il me répond qu’il ne voulait pas influencer mon choix, qu’il pensait que comme je l’avais portée tout ce temps, que j’avais enduré ces souffrances, il trouvait que c’était à moi que revenait cette décision. Il est tellement mignon, mon homme. Il suinte l’amour de partout, comme une petite éponge gorgée de sentiments merveilleux. Je l’aime tout simplement et c’est un cadeau d’amour que je lui fais, ce prénom.

Quinze heures trente : Aziliz, Gita, Gabrielle est officiellement une citoyenne de France ! Mon chéri est heureux et moi aussi.

Dans la soirée, visite de mon fils et de ma mère. Titouan est complètement désorienté par les pleurs de sa sœur et ne comprend pas que ses cris ne cessent pas quand il l’embrasse.

Samedi 3 juin 2006 : un gros poisson parmi les crevettes.

Météo nocturne : nuit presque calme, petit répit.

A neuf heures, un homme entre dans ma chambre et me dit : " Bonjour ! je suis la sage-femme ". Je me retiens de ne pas éclater de rire parce que ça me fait mal au ventre !

Plaisirs simples du jour : se lever un peu, se coiffer, passer une lotion qui sent bon sur le visage, ne pas avoir besoin de témoin à chacun de mes pas…

Je passe ma journée entre le lit et le fauteuil. Je me souviens d’un autre hôpital, il y a trois ans, avec le même fauteuil, près de la fenêtre. Je regarde le monde libre qui s’agite dehors, les regards inquiets de ceux qui viennent sans savoir, les mains réconfortantes posées sur des épaules secouées de larmes, les smalas qui débarquent avec de grands bouquets de fleurs et des flopées d’enfants malgré le règlement… Je revois mon grand-père maternel, Nonno, toujours à sa fenêtre. Toujours à sa fenêtre.

En fin de matinée, on m’appelle au téléphone pour que je vienne donner son bain à ma fille. A pas de tortue, je me dirige vers la nurserie. Je ne tiens pas vraiment sur mes deux jambes et manque m’évanouir. On m’assoit près de la baignoire et j’observe la puéricultrice s’occuper de mon enfant. Et je regarde les autres enfants. Des crevettes. De toutes petites crevettes qui agitent leurs papattes et frétillent à qui mieux mieux. Mon Aziliz est là, recouvrant le vacarme ambiant de ses cris majestueux de petit baleineau. Orgueil de mère !

Après-midi studieuse : tandis que ma fille roupille (elle fait déjà ses jours !) j’épluche consciencieusement les mallettes et diverses valisettes publicitaires qu’on remet gracieusement aux jeunes accouchées. J’ai entendu dire que dans plus de quatre-vingts pour cent des cas, les mamans achètent à leur retour à la maison les mêmes produits que ceux utilisés dans leur maternité par nostalgie et aussi d’une certaine façon parce que ça les sécurise. Ainsi, je connais de nombreuses mères qui ne jurent que par Pampers (moi la première !) probablement parce que c’est justement cette marque-là qui est le plus souvent utilisée dans les hôpitaux. Pas cons les publicitaires ! Fidéliser des bébés… Nombreux échantillons donc de produits pour bébé avec aussi, plus surprenant, un rasoir Gilette… des prospectus invraisemblables pour d’affreuses plaques en bois, des médailles en plaqué or, des assiettes en céramique avec le prénom de l’enfant, des coffrets avec bouteille de vin et étiquette spéciale naissance, des catalogues de faire-part, des magazines qui donnent des informations contradictoires sur l’allaitement (l’un dit par exemple qu’il est bon de boire de la bière brune, l’autre dit que ça n’a aucune incidence…).

Vingt heures, début de la montée de lait, les seins enflés comme jamais. J’ai l’impression d’être entrée à la clinique pour un accouchement et qu’on en a profité pour me faire une mammoplastie. Lolo Ferrari, le retour…

Dimanche 4 juin : Triviale poursuite…

Météo nocturne : deux heures de sommeil et une enfant scotchée non-stop au sein de sa mère et qui pique des crises de colère dès qu’on la décroche ! Ma fille est capable de virer au rose framboise si on n’obéit pas immédiatement à ses désirs ! Très impressionnant !

En douce, je mange des pailles d’or à la myrtille. J’ai faim mais on ne me donne pas encore vraiment à manger (un peu de bouillon et des biscottes !), et j’ai droit tous les jours à cette délicate question : " Est-ce que vous avez des gaz ? ". Tant que je n’en aurai pas, je ne mangerai pas… Ah ! cruel et bien prosaïque dilemme pour un organisme délicat comme le mien ! Je me souviens de mon père m’expliquant, enfant, que tout le monde pète, même le président de la république, même Victor Hugo ! Et moi d’éclater de rire en les imaginant !

A onze heures, le sage-homme vient retirer mon pansement et s’extasie devant ma belle cicatrice. Il compte à ma demande : il y a 14 agrafes (soient 6 de moins que lors de ma précédente césarienne). Il m’explique que si j’ai si mal au côté c’est parce que ça correspond à l’endroit où le chirurgien a fait son dernier point et a serré pour faire le nœud. Je prends alors conscience qu’il y a une double cicatrice, que sous les agrafes, il y en a une autre. Je ne m’en étais jamais rendu compte !

Une double victoire : je prends ma douche toute seule et je vais seule aux toilettes… Je défie qui n’a pas reçu à quatre reprises quatorze coups de poignard dans le bide de me dire que ce ne sont pas d’immenses victoires ! C’est affolant comme l’hôpital peut apprendre à relativiser et modifie notre perception du corps, du monde, des autres…

Sieste avec mon Aziliz posée sur mon ventre. Ma p’tite Lili, ma Lolotte, ma Liselotte, mon petit lapin, mon oiseau lyre, ma place des lices, mon délice des montagnes, mon asile lisse, mon asie lys…

Visite de mon fils et de ma mère. J’emmène Titouan jusqu’à la machine à café. Il me demande de courir ! Nous nous installons côte à côte pour déguster des barres de chocolat. Il me raconte sa vie sans moi, rue du valium (oui, c’est ainsi qu’il a surnommé la maison…). Nonna, sa grand-mère, lui fait bien à manger, des frites et des frigolottes ! Et puis il joue au foot, il va au marché et discute avec son ami OUI-OUI. Il me demande quand je vais rentrer. Je lui réponds "dans trois jours petit cœur " et il répète plusieurs fois, comme un tantra, "dans trois jours ", "dans trois jours ", "dans trois jours "…

Lundi 5 juin 2006 : Si vous n’avez pas d’utérus, buvez du thé de Chine…

Je contemple ma fille qui dort dans les bras de mon homme endormi lui aussi. Je les regarde longtemps pour que mon cerveau se souvienne à jamais de ces deux-là enlacés.

Onze heures, coup de fil de la nurserie pour le bain d’Aziliz. Va falloir quand même qu’on m’explique pourquoi il faut aller jusque là-bas alors que chaque chambre comporte une petite baignoire…J’écoute avec patience la puéricultrice m’expliquer comment on donne un bain, comment on enfile un body ("attention à bien plier les bras pour les passer dans les manches, c’est fragile, ça peut casser facilement ! ") et me demande combien de futures mamans névrosées elle va façonner tout au long de sa carrière.

A quinze heures, c’est en principe ce qu’on appelle "le goûter ". Sachet d’earl grey en main, j’attends déjà mon eau chaude qui tarde…Pavlovienne jusqu’au bout des ongles… J’ai dû entendre les roulettes du chariot à café. Chariot à médocs, chariot à linge, chariot à produits de ménage, chariot avec les plateaux repas… Journée rythmée par ces bruits, horaires aberrants…

Ma fille joue les vampires et me tète jusqu’au sang…

Visite de mon fils et de ma mère. Petit coup de baby blues. Impression que mon fils grandit, m’échappe, ne me reconnaît plus comme sa mère. Envie de le serrer très fort dans mes bras mais lui refuse. C’est normal qu’il m’en veuille mais c’est douloureux.

Après la tétée, j’ai vu pour la première fois ma fille sourire béatement et ne me dites pas que c’est impossible puisque je vous dis que je l’ai vue ! Et j’emmerde ceux qui diront que c’est une réaction réflexe ! Je l’ai vue sourire ! ! !

Mardi 6 juin 2006 : le voyage intérieur.

La journée démarre par une hérésie télévisuelle : le morning café. C’est affligeant de connerie, y’a pas grand chose d’autre à en dire.

L’info du jour, c’est que nous sommes le 6/6/6, le chiffre de la bête…C’était mon ancien code de carte bleue, précédé du 8 et je n’ai pas pour autant été condamnée à de diaboliques dépenses pour l’éternité !

Une puéricultrice munie d’une baignoire à roulettes (tout est à roulettes ici !) entre dans la chambre. Armel baigne sa fille en écoutant consciencieusement les conseils prodigués par la dame… C’est un père qui veut bien faire ! C’est mignon tout plein et ça me fait rire d’entendre la puer’ (on les appelle comme ça ici et c’est un peu ça, c’est vrai, ce sont bien des " puer " qui n’ont pas grandi…) et ses recommandations.

Onze heures et des petites bananes : la sage femme retire sept agrafes sur quatorze avec une désagrafeuse qui fait exactement le même bruit qu’une agrafeuse ! Elle reconnaît en regardant la cicatrice la main de celle qui l’a faite. C’est sa signature, me dit-elle. J’ai donc un autographe de ma gynéco gravé dans la chair de mon ventre. Je garde les sept agrafes, en souvenir.

C’est étrange, à chaque fois que j’ai tenu ainsi un journal "papier " (oui chers lecteurs, au départ, ce texte figure dans un petit cahier rouge !) c’était à l’occasion d’un voyage (Mexique, Kenya, Grèce, Porto Rico, Barcelone…). Je suis donc en voyage depuis le 31 mai 2006 ! Un voyage intérieur puisque mes déambulations externes ne se font que sur un très court périmètre, extrêmement balisé. Depuis que je suis arrivée ici, j’ai dû à peine parcourir un kilomètre, si l’on compte les aller retour aux toilettes et au fauteuil, et encore, j’ai bien fait 500 mètres sur des roulettes…

Télé allumée, regard falsifié sur le reste du monde. Ashley enlève sa perruque devant Brad, grand moment d’émotion…

Première visite des vraies gens de la vie de dehors ! Vanessa et ses deux enfants. Bonheur de retrouver ces fragments de réalité !

Dix-huit heures et neuf minutes : arrivée du plateau repas et cette petite phrase prononcée " Je vous rappelle qu’à dix-neuf heures il faudra avoir mangé ! ". C’est fou comme on attend la bouffe à l’hôpital, c’est ça qui ponctue les journées, qui atteste de leur passage, de la progression lente mais sûre vers la sortie.

Je reconnais les bébés d’ici à leurs cris. Un "Mathis", chambre 20, qui a un cri de chaton (Mathis le fauve Ah ! Ah ! Ah !), un "Benjamin", chambre 17, avec un cri de perceuse, un nouveau venu, quelque part pas loin, a un cri de mouette… Quand j’entends ma fille pleurer, instinctivement, mes seins et mon sexe pleurent aussi. Curieuse réaction de mon corps, comme si je devais faire ainsi le deuil de ce morceau de moi qui m’a quittée. De là, je crois, mon amour pour l’allaitement : retrouver enfin mon enfant, accrocher sa chair à ma chair. Refaire un.

19 heures 15 : piquouse du soir et distribution des comprimés jaunes (acide folique), blancs (vitamines B1 et B6) et roses (sulfate ferreux sesquihydraté – sexe hydraté ?). Je cherche à lire les signes du destin dans la constellation nouvelle qui se forme chaque soir sur une de mes cuisses. Je trace des figures imaginaires qui relient les points marron de mes grains de beauté aux points violacés que laissent en souvenir les aiguilles.

19 heures 30 : visite déjà traditionnelle de mon fils et de ma mère ; mon fils a grandi, on dirait un géant. Il ne veut pas m’embrasser… Son corps doux me manque. Comment a-t-il pu un jour être aussi frêle que sa sœur ?

20 heures 15 : petit coup de blues, encore, petites larmes sur le temps qui passe… Par la fenêtre, je regarde mes deux hommes et ma mère rejoindre la voiture sur le parking. Ma fille dort enfin, sur mon lit, les lèvres nimbées de gouttes de lait. Evidemment que je ne peux pas m’empêcher d’y penser… évidemment qu’à chaque fois qu’on donne la vie on donne aussi la mort… Je pense à la parabole des canards… Il y a trois ans, après la naissance de mon fils, je trouve mon homme en pleurs au milieu de la nuit. Il m’explique que la vie lui fait penser à cette animation de foire où l’on voit des petits canards surgir du néant, avancer sur un tapis roulant pour replonger tête la première dans l’inconnu. Chaque petit canard qui apparaît en pousse un autre vers cet envers du décor. La naissance de son fils lui rappelle que nous sommes mortels, que nous vieillissons, son arrivée au monde pousse un peu plus nos parents et nous-mêmes vers la mort. Je vois des vieux qui sortent à petits pas mesurés de la clinique et je me dis qu’un jour, eux aussi, ils ont été des bébés. Un jour, ma fille sera une petite vieille sans doute… Comment une telle aberration est-elle possible ?

Mercredi 7 juin 2006 : La douleur n’est pas une fatalité.

Météo nocturne : nuit calme à agitée. Alizés des Aziliz…

De telles bouffées de violence, de haine, la nuit. Des crises aiguës de paranoïa. Ce bébé ne cessera-t-il donc jamais de hurler, de réclamer le sein qui lui serait dû comme un tyran insensible ? Envie de prendre la fuite pour ne plus l’entendre. Et cette douleur qui me fusille de l’intérieur. Je ne sais ni la douceur, ni la patience à quatre heures du matin face à un truc qui hurle d’impatience et de colère ! Envie d’anéantir mon propre enfant et en même temps l’épouvante immense face à la violence inconcevable de tels sentiments.

Pendant ce temps, mon homme, supporte la colère de ses deux harpies, berce tendrement l’enfant hurleur et la change en répétant inlassablement : " La petite toilette du cul… " !

Ce matin, dans la chambre d’à côté, j’entends une maman qui pleure et qui réclame des calmants. L’infirmière lui répond ce qu’elle m’a déjà dit il y a deux jours : " Mais Madame, vous allaitez, vous ne pouvez pas prendre d’anti-inflammatoires ! ". Moi, j’ai demandé à mon chéri de m’en acheter en pharmacie et je m’enfile les cachetons en douce ! Sur le placard de ma chambre, cette jolie affiche aux slogans prometteurs : " la douleur n’est pas une fatalité ", "avoir mal, ce n’est pas normal "…

C’est désormais classique, une fois la merveille lavée, dorlotée, gavée et posée délicatement endormie sur le lit, à peine soufflé le ouf de soulagement, le regard luisant posé sur le bol de café fumant, que le truc se réveille en hurlant ! Autrefois, je n’avais aucune clémence pour les bourreaux d’enfants, autrefois…

Un p’tit café… De l’importance des mots… en fait, ce café est infâme mais dans le couloir, j’ai entendu quelqu’un demander "un p’tit café " et ça m’a donné envie. Pourtant, depuis maintenant une semaine, je demande juste une eau chaude parce que j’ai mon earl grey avec moi. Je sais d’expérience malheureuse que dans les hôtels et les hôpitaux on sert toujours du Lipton Yellow… Beurk ! … Faites l’essai : dans un bar, par exemple, avec des amis. Quand le serveur vient chercher la commande, si vous voulez par exemple un chocolat (mais n’importe quelle boisson ferait aussi bien l’affaire), dites : " Mmmmmm, je prendrais bien un bon petit chocolat moi "… En principe, plusieurs de vos amis devraient se rallier à votre avis (sauf si on est en pleine canicule bien sûr !) simplement parce que vous avez utilisé les termes "bon " et "petit ", parce que vous avez su vendre votre chocolat… Ce café est décidément imbuvable…

La sage-femme m’informe que je vais avoir droit à dix jours supplémentaires de piquouses et me demande si je souhaite les faire moi-même en me mimant le geste : on pince le gras du bide et "bzouic ! ", on pique. A mon regard paniqué elle comprend vite qu’il est inutile d’insister !

Etonnant ce microcosme qu’on retrouve partout. Ces clans, ces rivalités, ces complexes d’infériorité ou de supériorité. Ces chuchotements entre deux portes, ces regards complices, parfois moqueurs, échangés entre deux membres du même clan. Ici, seules les sages-femmes (est-ce à cause de leur nom ?) semblent échapper à la chaîne du mépris général. Les infirmières snobent les aides-soignantes, les puéricultrices méprisent les femmes de ménage…

17 heures : visite de mon fils et de ma mère. Mon fils affectueux enfin. Petit moment de tendresse. Rapide, tellement rapide mais je l’ai enfin serré dans mes bras presque cinq secondes. Bien sûr, j’ai dû utiliser un habile subterfuge ! Je lui ai dit que je ne voulais surtout pas de bisous, que j’avais horreur de ça ! Il n’en fallait pas plus pour qu’il se précipite dans mes bras !

Après le départ de mes hommes et de ma mère, je serre ma fille contre moi. C’est terrible de constater que c’est maintenant ou jamais. Que, bientôt, elle ne pourra plus tenir sur ma poitrine, que, bientôt, elle ne réclamera plus la chaleur de mon corps, que, bientôt, la douceur de ses cheveux, l’odeur de sa peau, ne seront plus que souvenirs. Traces dans la mémoire de mon corps. Je pense à ma mère qui a si peu l’occasion de me serrer contre elle et les larmes me viennent. Et mon père dont l’éducation fait qu’il n’a jamais su vraiment montrer physiquement son attachement à ses enfants… J’ai toujours eu l’impression qu’il y a une sorte de cordon ombilical invisible qui me relie à ma mère, ainsi que deux cordons me lient maintenant à mes propres enfants. Ce lien ne peut pas se briser même s’il est, s’il semble, virtuel. Malgré la distance, l’amour infini que je porte à ma mère traverse les montagnes et parcourt plus de mille kilomètres jusqu’à elle et, de même, elle est chaque jour présente à mes côtés, je peux sentir ses sourires, sa bienveillance sur ma vie et jusqu’à ses inquiétudes parfois aussi. Je sais qu’il ne se passe pas un jour sans qu’elle ne pense à moi… Sais-tu, maman, que c’est réciproque ? Maman… Culpabilité à fleur de peau, peur de mal faire, peur d’avoir mal fait… Merveilleuse mère tout simplement.

" Maman, pourquoi m’as-tu mise au monde ? Je n’ai jamais demandé à naître ! ". Vous aussi, vous lui avez peut-être demandé, vous lui avez sans doute posé cette question, un jour d’adolescence… Que leur répondrai-je ? Voudront-ils me croire quand je leur dirai que le monde est beau, que la vie peut être magnifique, tellement magnifique parfois ? Qu’il est des moments d’une beauté incroyable qui méritent à eux seuls tous les voyages terrestres, même les plus chaotiques, même les plus douloureux. Entendre le souffle régulier de mon Aziliz entrer et sortir de mon oreille, sentir sa petite bouche sur mon cou, l’odeur sucrée de sa peau noix de coco et son infinie douceur. Et puis les rires de mon fils, les caresses de mon homme… Merci la vie, merci papa et merci maman pour m’avoir fait ce merveilleux cadeau !

Avant de s’endormir, mon homme dit : " Et dire qu’elle ne sera jamais aussi petite qu’aujourd’hui… "

Jeudi 8 juin 2006 : si le pédiatre est de bonne humeur…

Météo nocturne : nuit agitée à très agitée. Quelques bouffées de haine, pas trop.

Huit heures : arrivée du sage-homme qui me dit joyeusement : " aujourd’hui, c’est la sortie ! ".

Huit heures vingt sept : Aziliz a une semaine.

Dix heures : pendant que je suis dans la salle de bains, j’entends la puéricultrice et son discours alarmiste sur la courbe de poids terriblement descendante d’Aziliz. Quand mon chéri l’informe que notre fils a mis plus d’un mois à reprendre son poids de naissance elle réplique que tous les enfants sont différents… Elle nous informe théâtralement qu’il est probable que nous restions au moins un jour de plus à la clinique car il est inconcevable que le pédiatre laisse sortir un enfant qui n’a pas repris de poids… Sauf s’il est de bonne humeur, mais ça l’étonnerait…

Onze heures trente : visite chez le bon pédiatre qui trouve que décidément, les petites filles sont des râleuses ! Il regarde le dossier de notre fille et s’exclame : " Je ne vous cache pas que cette courbe de poids est inquiétante… " et confirme ensuite la prédiction de notre amie la puéricultrice : nous restons avec pour objectif number one, faire grossir notre gosse… En sortant, il me donne ce délicieux conseil : " Ne la laissez pas trop longtemps au sein, elle pourrait prendre ça comme un jeu ! ". Je hais les pédiatres…

Retour liquide dans ma chambre. Grossira-t-elle ? Grossira-t-elle pas ? Et derrière, un putain de discours culpabilisant, qui reste suspendu dans le non dit, ce qui est pire encore… Son lait est-il bon ? Lui en donne-t-elle assez ? Est-ce une bonne mère nourricière ? Et de là, des milliers de femmes qu’on culpabilise et qui mettent fin à leur allaitement en gavant leurs bébés de laits artificiels pour enfin faire remonter cette maudite courbe de poids ! ! ! Comment peut-on encore ignorer que ces fameuse courbes ont été faites dans les années 70 par des hommes médecins persuadés des bienfaits du biberon ? Des médecins flippés à l’idée qu’un enfant nourri au sein échappe aux normes justement parce qu’on ne sait pas ce qu’il prend, parce qu’il ne prend que ce dont il a besoin, ce dont il a envie. Cette obsession de la norme… Etes-vous donc aveugles ? Ne voyez-vous pas que mon enfant est plein de vie ? Croyez-vous que je la laisserais dépérir ?

Ne pas penser à eux, oublier les imbéciles. Petite douceur au creux de mon cou. Sieste avec la crapule.

Visite de Florence, j’aime son regard attendri sur ma fille. Elle me donne des nouvelles du dehors et me repousse vers la vie.

Je me rends compte que je parle allemand à ma fille et j’en suis fort étonnée (fort teutonnée, fort tétonnée ?). J’ai toujours détesté cette langue, celle avec laquelle on dresse les chiens. Que je murmure des mots d’amour en allemand à ma fille me laisse perplexe et pourtant cela me vient naturellement, mots que je croyais oubliés et même, mots que je ne comprends pas, plus… Quand je demande à une amie allemande de m’expliquer ce que veut dire " mein schatz ", elle me dit que cela signifie mon trésor. C’est donc ainsi que je nommais ma fille sans le savoir depuis dix jours, mon trésor…

Visite de mon autre trésor et de maman. Mon fils veut savoir pourquoi mon ventre est vide, il voudrait être sûr qu’il n’y a pas d’autre petite sœur dedans !

Je dis au revoir à Pascale et la remercie pour sa gentillesse et son humanité. Elle me répond que c’est normal et je lui dis que non. Non, hélas, ça n’a rien de normal, c’est même exceptionnel d’être à ce point humain dans un univers si médicalisé.

Je passe la nuit à gaver ma fille.

Vendredi 9 juin 2006 : Nom de dieu c’est fini enfin et c’est tout ce qu’il y a à dire on se casse ! Retour à la vie.

Posté par poutouland à 18:25 - (à la maternité) - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


« Accueil  1